
On a le choix
Delphine Petitjean
Rédactrice en chef et journaliste
Delphine est diplômée en études de la communication et des médias ainsi qu'en rédaction web et enseignement. Elle a débuté en presse écrite en Belgique, puis s'est dirigée vers le domaine de l'insertion professionnelle et de la formation. Au Canada, elle a été chargée de projet, a eu quelques collaborations en rédaction, avant de se former à la réalisation documentaire et de co-fonder On a le choix Média.
Besoin de traiter un fléau récurrent
« Un recours collectif pourrait être intenté contre deux archidiocèses de la région de la capitale fédérale en lien avec des allégations d’agressions sexuelles sur des mineurs. Ces actes auraient été commis il y a une cinquantaine d’années par des prêtres. », pouvait-on lire récemment dans un article de Radio-Canada. Des avocats québécois ont ainsi déposé une demande d’autorisation d’exercer une action collective qui vise les archidiocèses de Gatineau et Ottawa-Cornwall.
Face aux agressions, la voie légale et la demande de compensation financière sont les options classiques. Moins connue, la justice réparatrice est « une approche humaniste », « qui permet des rencontres entre les personnes qui ont été touchées par la violence, des crimes, que ce soient des victimes ou des auteurs. Chez nous, on ajoute aussi des membres de la collectivité, des citoyens et citoyennes qui participent à ces processus pour rappeler la dimension sociale du crime. », explique Estelle Drouvin, directrice générale du Centre de service de justice réparatrice (CSJR), à Montréal. « Quand il y a un crime, ce n’est pas juste l’auteur ou la victime qui sont concernés, c’est tout l’entourage, tout le voisinage. »
Au-delà de la procédure
« Au service correctionnel du Canada, un détenu et une victime peuvent se rencontrer une fois qu’il y a eu le procès puis la condamnation. Au CSJR, les personnes qui ont été victimes n’ont peut-être pas porté plainte, ou elles ont porté plainte, mais il n’y a pas eu de suite, ou elles n’ont pas été satisfaites. C’est indépendant du système judiciaire et complémentaire du système pénal, dans le sens où les auteurs sont incarcérés ou l’ont été. », souligne la juriste de formation.
Une femme victime d’inceste peut ainsi rencontrer un homme incestueux.
C’est pour des gens qui veulent essayer de trouver une certaine réparation dans le dialogue avec l’autre.
Estelle Drouvin
Encadrement
Depuis 2016, le CSJR est soutenu par le Centre d’aide aux victimes d’actes criminels. Les animateurs des rencontres sont travailleurs sociaux ou ont une expérience en criminologie.
Si les agresseurs participent au processus volontairement, le CSJR mène également des entrevues préparatoires. « On est souvent en lien avec nos partenaires du service correctionnel ou d’organismes qui travaillent avec des délinquants sexuels ou autres et on va s’assurer de savoir où ils en sont rendus dans leur chemin de réparation. », précise Estelle Drouvin.
S’engager à rééquilibrer les pouvoirs
Le CSJR traite majoritairement des cas d’agression, voire des meurtres.
« Souvent, ce que les gens vont ressentir, c’est une plus grande paix intérieure, plus de confiance en eux, plus d’affirmation, moins de culpabilité pour les victimes qui ont réussi à sortir de la confusion de qui est vraiment coupable dans l’histoire, quand un offenseur admet sa responsabilité et qu’il a manipulé. Du côté des offenseurs, il y a un peu plus d’estime d’eux-mêmes et un sentiment de réparer, de mieux comprendre l’impact de ce qu’ils ont fait. Il y a un rééquilibrage des pouvoirs. […] Il y a comme une libération de part et d’autre, on se reconnait comme humains. », souligne Estelle Drouvin.
« On vient de finir une série de rencontres sur « Abus et silence dans l’Église catholique ». Les prêtres et au niveau institutionnel. Le fait qu’il y avait un évêque qui pouvait entendre, de part et d’autre, ça a été vraiment marquant. […] Il y a comme un engagement citoyen qui en ressort. »
