États-Unis et Iran : regards croisés sur un conflit et ses racines

ON A LE CHOIX - Tandis que la guerre au Moyen-Orient a fait des ravages, la société civile n’a pas demandé à en être la cible. Celle-ci raconte par contre deux générations, deux pays et un contexte de rapports de force.

Publicité

Delphine Petitjean - Rédactrice en chef

On a le choix

Delphine Petitjean
Rédactrice en chef et journaliste
Delphine est diplômée en études de la communication et des médias ainsi qu'en rédaction web et enseignement. Elle a débuté en presse écrite en Belgique, puis s'est dirigée vers le domaine de l'insertion professionnelle et de la formation. Au Canada, elle a été chargée de projet, a eu quelques collaborations en rédaction, avant de se former à la réalisation documentaire et de co-fonder On a le choix Média.

Émancipation des jeunes Iraniens

Sara Gharavi a quitté l’Iran en 2018. « Depuis 10 ans, le régime commençait à tout contrôler au nom de l’islam. […] Pour chaque révolution tranquille qu’on a faite, il y a eu beaucoup de gens tués ou emprisonnés, c’est pourquoi notre génération est devenue plus laïque et a détesté les éléments de ce régime. », explique l’étudiante en aménagement du territoire installée à Ottawa.

Sara Gharavi
Photo : Courtoisie

On est Iraniens, mais on ne pratique plus. Nous sommes un peu déçus par les pays européens en raison des aides données au régime. Il faut que tout le monde nous aide dans ce combat. […] Mes parents sont ceux qui ont fait cette révolution islamique, mais quand ils ont vu les résultats, ils regrettent. Parfois, il y a des conflits de générations, mais je vois qu’ils changent d’avis avec ces massacres.

Hanieh Ziaei - Politologue - Conférencière et enseignante rattachée à la Chaire Raoul-Dandurand de l’Université du Québec à Montréal (UQÀM)
Photo : Courtoisie

Ils fêtent Noël et refusent de piétiner le drapeau américain

Hanieh Ziaei est politologue, conférencière et enseignante rattachée à la Chaire Raoul-Dandurand de l’Université du Québec à Montréal (UQÀM). Elle évoque la rupture avec le régime de l’ayatollah Khomeiny instauré en 1979 et dépeint la société iranienne contemporaine.

Approximativement 75 % de la population a moins de 35 ans. […] C’est une génération qui ne veut plus subir le poids de l’idéologie politique. C’est aussi une génération 2.0, ils sont très connectés et finalement, ce lien avec l’Occident est très naturel. Au Moyen-Orient, l’Iran est le pays qui fête le plus Noël, le plus l’Halloween, j’appelle ça la subversion douce.

« Ils sont nés sous une République islamique dont la rhétorique était très anti-altérité, anti-Occident, anti-Israël, anti-américains et cette génération s’est construire de manière consciente en opposition. »

Madame Ziaei rapporte qu’environ 62 % de femmes sont représentés dans les universités iraniennes.

« C’est une société de plus en plus féminine, urbaine et éduquée et c’est ce qui amène l’esprit critique. […] La République islamique d’Iran a mis le drapeau américain sur le sol à l’entrée de plusieurs universités pour que les étudiants puissent le piétiner à leur arrivée. Les caméras montrent que les étudiants contournent le drapeau. Ils ne veulent pas manquer de respect à un pays ou à un peuple. »

Un double égocentrisme qui s’étiole

Joseph Ramunni est un ancien homme d’affaires et scénariste américano-canadien. « Quelque chose de vraiment intéressant s’est passé aux États-Unis. », souligne-t-il.

« Beaucoup étaient dans cet état d’esprit de devenir plus libéraux parce que c’est ce qu’on lisait dans la presse avec les homosexuels, Mee too, etc., et la société a été poussée vers ça. »

Pour lui, il ne s’agit donc pas d’une réelle évolution.

Joseph Ramunni - Ancien homme d’affaires et scénariste américano-canadien
Photo : Courtoisie

Il y a cette moitié de la population qui est progressiste : les jeunes, les gens plus éduqués, mais les conservateurs ou les gens plus âgés n’étaient pas prêts. Le fait d’avoir été forcés a fait ressurgir les peurs. J’ai été élevé comme ça : en pensant que la femme devait rester à la maison, que les noirs étaient inférieurs aux blancs et que les immigrants étaient du trouble, tous les stéréotypes que vous pouvez imaginer. Il y avait de l’instabilité à laquelle les gens ne faisaient pas attention. Donald Trump a été le catalyseur de la fracture dans la société. […] Ma génération s’est fait dire que nous étions meilleurs, et que le reste ne valait rien parce qu’on n’avait pas besoin des autres.

La popularité de Donald Trump est cependant en chute face au conflit. Selon un sondage réalisé en mars dernier, 56 % des électeurs américains s’opposent à l’action militaire en Iran.

Logique de terre brûlée

Hanieh Ziaei juge que la situation actuelle est avant tout une conséquence d’une méconnaissance de la République islamique d’Iran.

« Je crois que la plus grande confusion du côté des Américains, c’est de penser qu’on peut négocier avec une dictature. Israël comprend très bien que ce n’est pas possible. La société civile s’est révoltée à nouveau en janvier 2026 et la seule réponse de la République islamique, c’est une répression sanglante et brutale. »

Dans la nuit du 8 au 9 janvier 2026, 40 000 Iraniens ont trouvé la mort.

« En si peu de temps, éliminer autant de civils non armés, c’est une première dans l’histoire et ce sont les jeunes qui sont touchés. »

La spécialiste du Moyen-Orient croit que la République islamique va être dans une logique de résistance et de « terre brulée », prête à entrainer tout le monde dans sa chute.

Observant l’affaiblissement de l’armée israélienne, elle considère que la capacité miliaire de l’Iran est sous-estimée par ses adversaires.

Facebook
X
LinkedIn
Email

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

error: Ce contenu est protégé !
Retour en haut
Logo On A le Choix

Actualités Cornwall SDG

Abonnez-vous gratuitement à notre infolettre pour recevoir nos dernières publications

Logo On A le Choix

Actualité Cornwall SDG

Abonnez-vous gratuitement à l'infolettre pour recevoir nos dernières publications