
On a le choix
Delphine Petitjean
IJL - On a le choix
Rédactrice en chef et journaliste
Delphine est diplômée en études de la communication et des médias ainsi qu'en rédaction web et enseignement. Elle a débuté en presse écrite en Belgique, puis s'est dirigée vers le domaine de l'insertion professionnelle et de la formation. Au Canada, elle a été chargée de projet, a eu quelques collaborations en rédaction, avant de se former à la réalisation documentaire et de co-fonder On a le choix Média.
Les hormones du bonheur
« Aujourd’hui, on est beaucoup plus connectés, mais les gens se sentent plutôt seuls. C’est parce que les relations sont très rapides. Quand on parle de connexion sur les réseaux sociaux, il manque la profondeur qu’il y a avec les relations humaines et ça ne se remplace pas. », souligne Chantal Tessier, gestionnaire de programmes pour l’Association canadienne pour la santé mentale (ACSM) Champlain Est.
La professionnelle rappelle que les relations sociales en présentiel sont un facteur de protection de la santé mentale, en raison notamment de la sécrétion de l’ocytocine, hormone de l’attachement qui se libère par les contacts physiques.
Les réseaux sociaux sont utiles pour trouver des gens qui nous ressemblent. C’est la physiologie qui manque en ligne.
Chantal Tessier
Connectés et habiles
Depuis 1998, l’organisme HabiloMédias effectue des recherches sur les habitudes des jeunes quant au numérique. La dernière cohorte du projet « Jeunes Canadiens dans un monde branché » s’est tenue en 2022 et a réuni trois groupes de participants bilingues âgés de 12 à 15 ans et plus.
« On va toucher à toutes sortes de questions : l’image personnelle, la cyberintimidation, l’empathie et l’humilité intellectuelle, se demander pourquoi on croit quelque chose et comment on peut le vérifier. », explique Marc-Alexandre Ladouceur, spécialiste en éducation aux médias.
« La majorité des jeunes vont se connecter avec ceux qu’ils connaissent déjà. Les groupes anonymes, ce sera pour les populations qui sont plus à risque, comme les 2ELGBTQI+ qui cherchent de l’information sans vouloir être identifiés. Quand n’importe qui peut se joindre à un groupe, on peut voir des espaces qui ont pour seul but de faire la promotion de matériel adulte ou violent et il faut quitter parce qu’il n’y a pas vraiment d’alternative. C’est aussi dans ces groupes qu’il est facile de perdre l’empathie qu’on aurait autrement. »
L’IA comme ami
« Les jeunes vont croire que l’IA a de bonnes intentions. », souligne Marc-Alexandre Ladouceur.
« Ils l’aiment parce qu’avec elle, on s’entend bien, alors qu’avec un ami réel, on peut avoir des chicanes. Ils ne conçoivent pas le recueil de données constant qu’il y a pendant les échanges. S’il fallait que je m’inquiète, c’est par rapport à l’affectivité qu’on perçoit chez l’IA. »
En 2025, les données d’un sondage national de recherche en santé mentale indiquaient que les jeunes adultes étaient 6 fois plus susceptibles d’utiliser les outils d’intelligence artificielle comme support en santé mentale que les personnes plus âgées.
Quant à la dépendance au numérique, les experts qui travaillent avec HabiloMedias parlent plutôt intentionnellement d’habitude.
« On a beaucoup plus de chance de changer des habitudes. », précise le spécialiste. Il soulève également que l’isolement et l’anxiété ne sont pas directement corrélés à l’utilisation des réseaux sociaux.
« C’est plutôt le contraire. Avec Snapchat, je peux communiquer avec mes amis en dehors de l’école. », confirme en entrevue G., 15 ans.
Plaisir et désinformation
Selon les derniers travaux d’HabiloMédias, le danger demeure la désinformation. Les jeunes ne vont pas avoir le réflexe d’aller chercher l’information originale.
La majorité s’informe sur les médias sociaux parce que c’est plus divertissant que les médias traditionnels. Les groupes de concertation formés en 2022 ont testé les processus de signalement sur Snapchat, Instagram et Facebook et l’ont jugé ennuyeux, avec des lignes directrices peu claires.
« Ils disent qu’il n’y a pas de résultats, on ne sait jamais si l’erreur est corrigée ou non. », explique M. Ladouceur.
Ainsi, les jeunes partagent les publications de personnes qu’ils connaissent et auxquelles ils font confiance. Ils vont se fier à la section des commentaires pour les corrections.
La plupart du temps, c’est vrai que je ne vérifie pas nécessairement l’information, mais ce n’est pas quelque chose qui m’affecte, c’est juste pour m’amuser.
G., 15 ans
Biais cognitif
« Faux que ça cesse » est une autre campagne d’HabiloMédias. Celle-ci a mis en exergue le phénomène de dissonance cognitive, rappelant que « nous prêtons attention aux choses qui correspondent à ce que nous pensons déjà être vrai. »
Il s’agit donc d’encourager la neutralité pour s’informer, y compris dans le choix des termes utilisés pour une recherche en ligne.
Une étude récente de la firme Léger DGTL montre que 12 % des Canadiens utilisent l’IA comme premier outil de recherche. En ce qui concerne les 16-24 ans, on parle même de 26 %. Des chiffres en augmentation par rapport à l’année dernière.
Un nouvelle cohorte sera mise sur pied bientôt dans le cadre du projet « Jeunes Canadiens dans un monde branché » qui a lieu tous les quatre ans.
