
On a le choix
Delphine Petitjean
IJL - On a le choix
Rédactrice en chef et journaliste
Delphine est diplômée en études de la communication et des médias ainsi qu'en rédaction web et enseignement. Elle a débuté en presse écrite en Belgique, puis s'est dirigée vers le domaine de l'insertion professionnelle et de la formation. Au Canada, elle a été chargée de projet, a eu quelques collaborations en rédaction, avant de se former à la réalisation documentaire et de co-fonder On a le choix Média.
Les faits et la perception
Lors d’un évènement à Cornwall, une personne de la communauté haïtienne a rapporté une remarque qui l’a blessée : « Tu viens du pays le plus pauvre du monde. ».
Il est d’abord judicieux de mentionner que L’ONU ne désigne pas un seul « pays le plus pauvre » absolu, mais classe plutôt le Soudan du Sud ou encore le Burundi au premier rang des pays les plus pauvres du monde, en fonction de leur Produit intérieur brut (PIB) par habitant.
Il est ensuite bon de considérer d’autres instruments de mesure.
« Je n’aime pas beaucoup que l’on stigmatise ce pays de la sorte, parce qu’Haïti est riche de tant d’autres choses. », laisse tomber en entrevue Michaëlle Jean.
La révolution haïtienne (1791-1804) est la première de l’histoire à avoir abouti à l’abolition de l’esclavage. C’est ainsi que la colonie française de Saint-Domingue est devenue le 1er janvier 1804 le premier état noir indépendant.
Pour ce faire, Haïti a dû payer un lourd tribut à la France esclavagiste que la femme d’État qualifie d’ignoble.
Imaginez devoir payer une dette de réparation à ceux qui nous ont opprimés. Nous aimerions beaucoup qu’il y ait une juste reconnaissante de ce que Haïti a su donner à l’humanité.
Michaëlle Jean
L’histoire du pays a en effet insufflé l’élan du mouvement de décolonisation sur le continent africain, mais aussi, inspiré la Grèce qui a demandé de l’aide aux révolutionnaires haïtiens pour renverser l’Empire ottoman.
L’éducation et la langue : instruments de liberté
Durant le congrès annuel de l’organisme Parents partenaires en éducation en avril dernier, Michaëlle Jean a évoqué les actions d’alphabétisation menées par sa mère lorsqu’elle était enfant et qui l’on inspirée. « Il s’avère que l’éducation a été un enjeu crucial de la révolution haïtienne parce qu’on a vu que le simple fait de parler la langue des maitres esclavagistes permettait une revendication plus forte et plus structurée. Dans la déshumanisation, il y a aussi le rejet de l’autre dans sa langue. »
Le multilinguisme d’Haïti a poussé les colons à croire qu’ils pourraient contrôler les esclaves. « Mais ce que les colonisateurs ne savaient pas, c’est qu’il y avait aussi des langues communes qui ont permis de penser la révolution et le combat. », précise Michaëlle Jean.
Les esclaves se sont également servis de la langue française pour s’adresser au reste du monde.
Prise de parole et sensibilisation
L’ancienne Gouverneure générale du Canada arrive au Québec enfant. Sa famille est alors la seule noire à Thetford Mines.
Les habitants collent eux aussi l’étiquette de la pauvreté à Haïti. « On leur disait : « Oui, c’est un pays où la vie est dure, où on peut manquer de tout, mais cela dit, on ne manque jamais de culture. », se souvient-elle.
Plus tard, Michaëlle Jean devient journaliste à Radio-Canada. « Je ne voyais personne qui me ressemble, on ne faisait pas cas de la diversité. » De son propre chef, elle entreprend des initiatives de sensibilisation dans les écoles.
« Je me souviens d’un enfant de 6 ans qui m’a demandé : « C’est pourquoi le racisme ? » Ça m’a amenée à expliquer d’où nous venons. On ne peut pas comprendre le racisme si nous ne comprenons pas toute cette période de déshumanisation. »
Vérité et réconciliation
Alors que le Canada s’est abstenu de voter lorsque les Nations Unies ont déclaré l’esclavage des Africains « crime le plus grave contre l’humanité », en mars dernier, Michaëlle Jean entend continuer la sensibilisation auprès du premier ministre Mark Carney.
Elle fait aussi le parallélisme entre l’histoire des noirs et celle des autochtones. « On ne peut pas arriver à la réconciliation s’il n’y a pas de vérité de part et d’autre, pas seulement ceux qui ont été victimes, mais les autres aussi parce qu’on nous a dépossédés de part et d’autre et la rencontre n’a pas pu avoir lieu. »
