
On a le choix
Delphine Petitjean
Rédactrice en chef et journaliste
Delphine est diplômée en études de la communication et des médias ainsi qu'en rédaction web et enseignement. Elle a débuté en presse écrite en Belgique, puis s'est dirigée vers le domaine de l'insertion professionnelle et de la formation. Au Canada, elle a été chargée de projet, a eu quelques collaborations en rédaction, avant de se former à la réalisation documentaire et de co-fonder On a le choix Média.
Information et empathie
Le 28 octobre dernier se tenait la Journée de la citoyenneté numérique. Cette initiative nationale d’HabiloMédias s’inscrit dans la Semaine d’éducation aux médias du 26 au 30 octobre et invite les Canadiens à réfléchir au type d’environnement numérique dans lequel ils souhaitent évoluer et qu’ils peuvent contribuer à façonner.
Selon un récent rapport de Statistique Canada, quatre Canadiens sur cinq ont déclaré avoir été exposés au moins une fois par mois à des nouvelles ou à des informations en ligne qu’ils soupçonnaient d’être trompeuses, fausses ou inexactes au cours de la dernière année. Près de la moitié estiment également qu’il est devenu plus difficile de distinguer le vrai du faux. Mais il est aussi question de bien-être.
On parle beaucoup de la citoyenneté numérique comme étant tout d'abord une orientation, c'est-à-dire le goût de faire du bien en ligne. Et par la suite, quelques stratégies comme apprendre à régler son algorithme pour voir plutôt des messages qui nous font du bien ou ajuster ses commentaires pour pouvoir répondre poliment. […]
Marc-Alexandre Ladouceur
« On remarque que ces outils et cette fameuse intelligence artificielle nous forcent aussi à reconnaître qu’un bon citoyen numérique aujourd’hui se retrouve à faire un peu plus de vérifications,
des partages un peu plus critiques par rapport aux contenus pour pouvoir continuer à participer dans son environnement numérique tout en faisant la promotion des informations les plus justes. », explique Marc-Alexandre Ladouceur, spécialiste en éducation aux médias pour HabiloMédias.
Quand on parle des interactions en ligne, on peut parler d'une empathie beaucoup plus intentionnelle que passive parce que les signes ne nous sont pas disponibles. Si je veux être empathique aujourd'hui, il faut quasiment que je fasse l'exercice de poser cette fameuse question : « Comment est-ce que je veux qu'on me traite en ligne et comment est-ce que je peux faire pour traiter les autres de cette façon-là ?
Marc-Alexandre Ladouceur
Vie sociale multifacette
Lorsqu’il est question de santé mentale et de risque d’isolement, Marc-Alexandre Ladouceur a une approche nuancée sur l’effet des réseaux sociaux. « Je voudrais éviter qu’on confonde l’outil et le problème. C’est sûr que quelqu’un peut s’isoler avec l’utilisation des médias sociaux, mais il faudrait que ça aille loin. C’est-à-dire qu’il faut d’abord communiquer avec des personnes que notre entourage ne connait pas. Il faudrait ensuite couper le contact avec celles et ceux qui nous entourent. Ensuite, on tomberait peut-être dans des réseaux plus problématiques, ça peut effectivement se produire. », explique-t-il.
« Mais d’un autre côté, les jeunes expriment que l’utilisation des réseaux sociaux leur permet de faire cette découverte identitaire qui fait partie de l’adolescence, en utilisant un petit peu la multifacette des réseaux. Donc, sur Snapchat versus Instagram, versus TikTok versus Facebook, ils vont peut-être présenter différents aspects de leur personnalité, de leurs intérêts, afin d’explorer un peu plus en silo. »
Interrogé sur la manière dont les adultes peuvent outiller les jeunes face à la vie virtuelle, le spécialiste poursuit : « On peut communiquer nos valeurs en tant que famille, en tant qu’école, les comportements qu’on considère comme étant justes ou non. […] Les jeunes qui ont des règles basées sur les valeurs nous ont dit qu’ils ont plus de chances de pouvoir suivre ces règles-là en dehors de la maison que ceux qui n’ont pas de règlement autour de l’utilisation des réseaux sociaux, ou qui ont des règles très strictes, sans association aux valeurs. », souligne-t-il. Et de préciser que c’est ainsi que les adolescents peuvent développer leur esprit critique et contrevérifier l’information.
Le goût des médias traditionnels francophones
La Fédération de la jeunesse canadienne française (FJCF) a organisé du 21 au 25 octobre derniers le Forum jeunesse « Mission information » à Vancouver.
« Notre baromètre jeunesse, questionnaire qu’on donne aux jeunes de 14 à 25 ans en francophonie minoritaire, faisait souvent ressortir la thématique du manque d’information, de ressources, de la désinformation et des nouvelles technologies. Donc, le conseil de direction de la Fédération, qui comprend un représentant par province et territoire en francophonie minoritaire, a décidé que ce serait le prochain thème pour le Forum jeunesse. », explique la présidente, Emma Raphaëlle.
Trouver des ressources en français, c'est doublement plus difficile que trouver des ressources en anglais. […] Une des grandes choses dont on a parlé, c'est justement notre déception face au fait qu'on n'a plus accès à nos médias traditionnels dans nos médias sociaux. […] C'est de voir comment on s'assure que l'information qu'on trouve dans les médias sociaux est bonne, venant de sources fiables, comme nos médias traditionnels, nos journaux, nos radios, etc.
Emma Raphaëlle
Rébecca Fico est une jeune franco-yukonnaise, impliquée comme pigiste dans le journal francophone. Elle a participé au Forum jeunesse.
« À la fin du Forum, on est arrivés à un consensus que le plus grand obstacle pour les jeunes à s’informer de manière adéquate était l’accessibilité de l’information. Plusieurs jeunes ne prenaient pas le temps de s’informer de manière complète sur des enjeux d’actualité parce que ça prenait trop de travail et ce n’était pas accessible pour eux. » Pour Rébecca, la solution est donc de vulgariser.
Dans cette ère de cliquage et de vidéos en série, le temps d’attention des jeunes est plus court et faire en sorte que les nouvelles soient courtes et claires pourrait aider les jeunes.
Rébecca Fico
L’étudiante souligne également le rôle de la presse francophone. « Au Yukon, le journal est vital pour souder la communauté francophone parce que la communauté est très diverse et très dispersée et le journal permet de rassembler les histoires de tout le monde, de connecter les membres de la communauté et de faire réaliser aux autres qu’ils ne sont pas tout seuls. »
Intelligence artificielle et économie
Un représentant de TikTok Canada faisait partie des panélistes invités.
« Les jeunes étaient curieux par rapport au fait d’avoir accès à des plateformes comme TikTok à partir de l’âge de 14 ans. Donc, on a vraiment eu toutes sortes de réflexions par rapport à la place de TikTok dans la vie de la jeunesse. […] On a bien sûr discuté de l’impact de l’IA, de comment elle fonctionne, quelle en est une bonne utilisation. Nos jeunes questionnent beaucoup, mais ils ont aussi été très honnêtes. […] Même si on reconnaît les défis, comme face à l’environnement, ils reconnaissent qu’ils l’utilisent. Et donc, c’était intéressant d’avoir une discussion très franche avec eux par rapport à ça. », explique Emma Raphaëlle.
Selon les consultations, les jeunes sont aussi très préoccupés par l’économie.
« Souvent, ils veulent s’engager, mais ils ne savent pas comment. Il faut s’assurer que la voix de la jeunesse soit représentée au sein des organismes. Parce que finalement, l’économie, ce n’est pas un enjeu adulte, c’est un enjeu de tous. À 14, 15, 16 ans, on travaille, on commence à avoir des emplois, on conduit. Donc, vraiment, le coût de la vie, c’est très important. »
Au terme du Forum, les jeunes ont écrit des recommandations à la FJCF. En novembre, le comité va donc avoir une rencontre pour savoir quelles actions prioritaires mener.
