
On a le choix
Delphine Petitjean
IJL - On a le choix
Rédactrice en chef et journaliste
Delphine est diplômée en études de la communication et des médias ainsi qu'en rédaction web et enseignement. Elle a débuté en presse écrite en Belgique, puis s'est dirigée vers le domaine de l'insertion professionnelle et de la formation. Au Canada, elle a été chargée de projet, a eu quelques collaborations en rédaction, avant de se former à la réalisation documentaire et de co-fonder On a le choix Média.
Accueil et transmission
Lors de l’activité, trois femmes de la communauté ont préparé un mets familial devant les invités. Parmi elles, l’hôte de l’évènement, Laura Pechadre : « Je n’ai pas été dans la cuisine de ma mère, elle était très occupée. J’ai commencé à cuisinier après. Pour moi, partager de la nourriture, c’est de l’amour, et c’est aussi ouvrir sa porte. »
Même vision du côté de Mamie Ntambwe, autre cuisinière ce jour-là. « Juste l’idée de mettre la cuisine en lien avec une histoire, un parcours, j’ai accroché et je me suis dit : « Pourquoi pas partager cette recette qui raconte et qui transmet l’amour et tout un héritage familial ? » »
Hommage
Mamie, qui est d’origine congolaise, a proposé une recette de boulettes de poulet : « En cuisinant cette recette avec vous aujourd’hui, j’honore la mémoire de ma grand-mère. Pour mixer le poulet, on devait piler dans un mortier et ça colle. Donc, ça te demande beaucoup plus d’efforts, c’était plusieurs minutes. C’est l’expression de l’amour et de l’endurance, parce que dans le temps, ça te prenait beaucoup plus de force. »
Maryse Bermingham, figure communautaire francophone, était la troisième protagoniste aux fourneaux : « Ma mère était une bourgeoise et la première fois qu’elle m’a emmenée dans la cuisine, j’ai découvert une autre femme. Elle m’a parlé de son histoire, l’histoire que les mères ne racontent pas à leur fille. Ma mère est le produit d’un blanc et d’une noire donc, c’est tout ce qu’elle avait vécu du côté de ses grands-parents blancs et comment elle a réuni cette biculture qu’elle m’a transmise. C’est un moment de ma vie qui est resté marqué. »
Symbole sociétal et culturel
« J’ai greffé ma culture haïtienne aux autres cultures. En 61 ans de vie au Canada, j’ai pris des recettes de partout. », a souligné Maryse Bermingham qui a proposé une soupe, symbole de l’indépendance de son pays.
C’est la première révolution qui se soit soldée par le renversement des oppresseurs par les oppressés. La dernière fois que ça s’était fait, c’était du temps de Spartacus. Nous avons gagné en novembre, mais l’indépendance a été proclamée le 1er janvier. Et le 1er janvier, dans la colonie, pour nourrir les propriétaires de plantations, on préparait une soupe à base de potirons, avec les meilleurs morceaux de viande. Les femmes la préparaient, mais étaient interdites de la manger. Si elle goûtaient, elles recevaient 50 coups de fouet. Et si un enfant goûtait, il était vendu dans une plantation. La soupe devait être prête à midi. À midi moins 10, l’indépendance a été déclarée et là, les colons ont fui parce qu’il y a eu un massacre après.
Maryse Bermingham
Marie-Noëlle Lanthier, présidente de l’organisme Leadership Féminin Prescott Russell, était parmi les convives. Elle a également partagé ses souvenirs. « Ma mère cuisinait beaucoup et à ce moment-là, dans l’Est Ontarien, particulièrement dans les communautés francophones, il n’y avait pas beaucoup d’argent. On se passait les recettes de tourtières, etc. Quand on a toujours été dans la même communauté, on n’apprécie peut-être pas toujours à sa juste valeur l’élément culturel de la cuisine. », a-t-elle remarqué.
« On doit dire combien de familles immigrantes ont appris à travers la cuisine, les premiers mots, les premiers gestes. », a observé Halima Intissar Krodja, agente de projet pour le RSIFEO et organisatrice de l’activité.
