
On a le choix
Delphine Petitjean
IJL - On a le choix
Rédactrice en chef et journaliste
Delphine est diplômée en études de la communication et des médias ainsi qu'en rédaction web et enseignement. Elle a débuté en presse écrite en Belgique, puis s'est dirigée vers le domaine de l'insertion professionnelle et de la formation. Au Canada, elle a été chargée de projet, a eu quelques collaborations en rédaction, avant de se former à la réalisation documentaire et de co-fonder On a le choix Média.
Nos vêtements dans les océans
Le Défi Bleu Brillant est un concours mondial annuel d’innovation océanique qui s’adresse aux jeunes de 12 à 18 ans. Firas Louafi, Stephanie Kruszel et Ryan de Haan, membres du comité Éco-École de l’école L’Héritage sont les lauréats de la catégorie « Systèmes marins autonomes ». Avec leur enseignant Larbi Nait-Chabane, ils ont développé un filtre pour les machines à laver à placer sur le tuyau d’évacuation.
Pramila Choudhary, chercheuse à l’Université Concordia, indiquait en effet dans un article de 2025 que les textiles synthétiques représentent la première source de pollution microplastique des océans, soit plus de 35 % et l’équivalent d’un camion à ordures rempli de fibres plastiques déversées chaque minute dans l’eau.
« L’idée, c’était de fabriquer quelque chose pour trouver une solution à une problématique. », indique Larbi Nait-Chabane.
Essais et erreurs
« Le premier prototype était en Lego juste pour voir si la taille était correcte. Ensuite, on a fait un prototype avec l’imprimante 3D, plusieurs essais et erreurs. », explique Stéphanie.
L’équipe a finalement opté pour le PVC, plus durable, et Ryan de Haan a fait les premiers essais sur une machine à laver chez lui. Le groupe a aussi pu bénéficier des laboratoires du collège St. Lawrence pour ses expérimentations.
« On a pris l’eau du [fleuve] Saint-Laurent, l’eau de lavage, filtrée et non filtrée pour faire des comparaisons. », souligne l’enseignant.
Les étudiants ont reçu des conseils de chercheurs spécialistes des microplastiques qui leur ont fourni la documentation scientifique adéquate à consulter pour leur projet.
« Le plus enrichissant, je dirais que c’est le voyage et le fait de voir des solutions variées, que notre génération se mobilise pour répondre à des problématiques courantes. », estime Stéphanie.
Firas Louafi a également développé une application connectée pour envoyer des rappels de nettoyage du filtre.
Cadre politique et juridique
L’idée a pris une autre tournure quand les jeunes ont vu qu’il y avait une loi en France qui obligeait tous les constructeurs à intégrer un filtre aux machines à laver et on s’est dit pourquoi pas ici au Canada ?
Larbi Nait-Chabane
L’équipe a ainsi fait des démarches pour se renseigner sur le plan législatif. En mars 2023, les députées Jessica Bell et Sandy Shaw ont présenté un projet de loi visant à rendre obligatoire l’installation de filtres à microfibres sur les machines à laver.
Celui-ci a néanmoins été rejeté.
« Si les jeunes veulent forcer le gouvernement à voter une telle loi, c’est faisable, ça commence par de l’engagement, des pétitions, etc. », souligne l’enseignant.
« On s’est basés sur comment sensibiliser la communauté et faire une différence sur le plan juridique et politique. On a appris que c’est la mobilisation communautaire et la pression de la société qui vont faire une différence. », insiste Stéphanie.
« On sait que le gouvernement est plutôt basé sur l’économie, mais en négligeant l’environnement, les problèmes vont devenir exponentiels et universels. »
En effet, selon la littérature scientifique disponible sur le site américain du National Library of Medicine (2025), les microplastiques sont des agents cancérigènes émergeants. Une donnée que les lauréats du Défi Bleu Brillant se sont vu confirmer lors de leurs recherches pour leur projet. Le groupe espère donc que l’argument économique de la pression sur le système de santé poussera le gouvernement à revoir ses priorités.
