
On a le choix
Dorianne David
Chroniqueuse
Dorianne David est une auteure et chroniqueuse francophone installée à Cornwall, en Ontario. Passionnée par l’écriture, elle aime mettre des mots sur les émotions, les relations humaines et les petits morceaux de vie qui méritent qu’on s’y attarde. Elle écrit également sur son blogue et collabore avec la presse locale, où elle partage une écriture personnelle, sensible et parfois teintée d’humour.
L’automne, cette saison qui se paie
Il y a quelque chose de poétique dans l’arrivée de l’automne. Les feuilles rougissent, les arbres se déshabillent et la nature nous offre un spectacle magnifique. Puis vient le moment où l’on regarde le thermostat et où la poésie prend fin.
Parce qu’au Canada, le froid ne vient jamais seul. Il arrive avec son cortège de dépenses : chauffage, vêtements chauds, essence pour se rendre au travail sans transformer ses doigts en glaçons. Et soudain, cette belle saison aux couleurs flamboyantes ressemble à une réunion de famille où chacun vient réclamer sa part.
On pourrait bien sûr décider de ne pas chauffer. Après tout, il suffit d’un bon chandail, de deux couvertures et d’une certaine tolérance à l’absence de sensation dans les orteils. Mais il paraît que vivre normalement reste une option intéressante. Avoir conscience de ses orteils n’est pas un luxe.
Quand l’hiver change le rythme
Pour ceux qui viennent d’un pays où l’hiver est plus doux, le choc ne se limite pas au froid. Il faut aussi apprivoiser les journées qui raccourcissent. On se lève parfois dans le noir, on accompagne les enfants à l’école dans la pénombre et, avant même d’avoir terminé sa journée, le soleil semble déjà avoir décidé de rentrer chez lui.
La lumière finit par devenir une véritable affaire de famille. Il faut penser à sortir, même quand le canapé semble particulièrement accueillant, à garder un rythme malgré la fatigue et à trouver de petites choses qui rendent les journées grises un peu plus légères. Avec des enfants, l’hiver ajoute aussi son lot de logistique : manteaux, bottes, tuques, gants et vêtements qui semblent avoir décidé de rétrécir pendant la nuit.
Et il y a le moral. Le manque de lumière et les longues journées froides peuvent rendre la saison plus lourde pour certaines personnes. Alors on allume les lampes, on prépare une boisson chaude et on essaie de convaincre les enfants que sortir prendre l’air est une excellente idée. Eux, évidemment, préféreraient rester en pyjama.
Une augmentation qui ne fait pas fondre les factures
Le salaire minimum ontarien est passé à 17,95 $ l’heure en octobre. C’est une augmentation, et chaque dollar supplémentaire compte. Mais il suffit parfois d’une dépense de chauffage pour rappeler que l’argent a cette fâcheuse tendance à disparaître avant même qu’on ait eu le temps de lui trouver une utilisation agréable.
Nous travaillons pour payer le loyer, nous payons l’essence pour aller travailler et nous chauffons notre logement pour pouvoir y récupérer avant de recommencer le lendemain. À ce stade, on pourrait presque se demander si nous travaillons pour vivre ou si nous vivons pour maintenir toute cette mécanique en marche.
Bien sûr, personne ne s’attend à vivre sans dépenses. Mais pouvoir chauffer son logement sans redouter la prochaine échéance, habiller ses enfants et faire l’épicerie sans calculer chaque dollar ne devrait pas ressembler à un privilège réservé à quelques-uns.
Alors, cet automne, admirons les couleurs, profitons des promenades et savourons les boissons chaudes.
Et si vous me cherchez, je serai probablement chez moi, emmitouflée dans une couverture, à me demander comment une saison aussi belle peut réussir à nous coûter aussi cher.
