
On a le choix
Claude Andrea Bonny
Chroniqueuse
Claude Andrea Bonny, diplômée en relations publiques du Collège La Cité, est animatrice télé et événementielle, conférencière et productrice. Elle a été chargée de l’animation et de la production des émissions quotidiennes Entre Nous et Tout Savoir durant près de 7 ans sur les ondes de TV Rogers Ottawa. Elle prend également plaisir à partager son expérience sur des sujets tels que la santé mentale, l’immigration et le leadership.
Vivre le deuil des au revoir
Lorsqu’une personne décide de quitter ce qu’elle a toujours connu : famille, amis, habitudes, routines, elle vit une forme de deuil. Même lorsque l’on est heureux d’entamer une nouvelle aventure, que ce soit seul ou avec sa famille, le deuil du départ demeure : celui de laisser sa terre pour une autre. Et ce n’est jamais simple.
Dans cette période teintée de mélancolie, il faut apprendre à connaître cette terre d’accueil, ses codes sociaux, ses façons de fonctionner, afin de réussir son intégration.
Même lorsque tout est fait pour que l’immigrant se sente chez lui, l’intégration varie d’une personne à une autre. Et bien souvent, certaines situations cocasses créent du malaise ou un choc culturel.
L’étudiant international
Pour un étudiant international arrivant seul au Canada, les premières priorités sont claires :
- se trouver un logement,
- décrocher un emploi alimentaire,
- comprendre un système éducatif très différent de celui qu’il a connu.
Concernant le dernier point, j’en parle par expérience : l’intégration en classe représente un défi immense. Le système éducatif est nouveau, les méthodes sont différentes et, pour plusieurs étudiants, le syndrome de l’imposteur s’installe. Ce sentiment de ne pas être totalement à sa place freine souvent leur plein potentiel.
Heureusement, de plus en plus de collèges et d’universités prennent des mesures concrètes pour comprendre les réalités des étudiants internationaux et leur offrir des outils adaptés. Je prends également le temps de saluer des chercheurs et chercheuses qui se penchent sur la question.
Je vous partage trois situations vécues.
Vers la fin de l’année 2022, j’ai été contactée par une chercheuse de l’Université d’Ottawa qui souhaitait mon appui sur un projet de recherche portant sur la bonne intégration des étudiants internationaux en classe et dans la vie sociale.
Au début de l’année 2023, une professeure de l’Université Saint-Paul d’Ottawa m’a également sollicitée afin que je lui partage mon avis sur la façon dont elle pourrait mieux accompagner les étudiants internationaux de ses cours pour faire ressortir le meilleur d’eux-mêmes.
Quelques semaines plus tard, je me retrouvais devant le personnel administratif et les professeurs d’une université afin de les aider à mieux comprendre les réalités vécues par les étudiants internationaux.
Je tiens aussi à souligner l’énorme travail des associations étudiantes, qui permettent aux étudiantes et étudiants internationaux de se sentir chez eux et de découvrir leur terre d’accueil.
Le professionnel
Pour un professionnel immigré, les défis sont différents de celui de l’étudiant international. On parle plus ici de frustration que de choc.
Frustration de voir son expertise ignorée. Frustration de constater que des années d’expérience ne sont souvent pas reconnues. Frustration, parfois, de devoir repartir à zéro.
Certains, titulaires de grands titres dans leur pays, découvrent que leurs qualifications ne sont pas totalement reconnues ici. Ils doivent alors s’ajuster. D’autres choisissent de suivre des programmes ou certifications parfois éloignés de leur domaine, simplement pour pouvoir travailler et vivre dignement.
Je reconnais que des efforts sont faits pour permettre à ces professionnels issus de l’immigration de mettre leur expertise au service de leur terre d’accueil. Parce que la vérité, c’est que bon nombre d’immigrants arrivent avec un savoir-faire exceptionnel et ne demandent qu’à contribuer.
Les familles
Après avoir discuté avec plusieurs thérapeutes de couples en entrevue télé ou durant des ateliers, un constat émerge : quand une famille immigre, la dynamique du couple change.
La charge mentale est importante, les rôles s’inversent parfois. Et cela peut créer des tensions. Par exemple, lorsqu’un homme qui était pourvoyeur dans son pays se retrouve à dépendre financièrement de sa conjointe, son ego et son identité peuvent en être profondément bousculés. Et ce malaise peut mener à des conflits.
Beaucoup de couples se séparent pour ces raisons. Le changement d’environnement et de culture est parfois plus lourd que prévu.
C’est pourquoi il est essentiel, avant d’immigrer en famille, d’établir un plan de route clair, afin de protéger la relation et de traverser ensemble cette transition complexe. Ce plan de route peut tout simplement consister à s’informer sur le fonctionnement culturel du pays dans lequel on souhaite immigrer, puis à en discuter.
J’ajouterais l’importance de consulter un thérapeute au besoin. Cela éviterait que certaines difficultés s’accumulent ou deviennent plus lourdes à gérer par la suite.
Pour terminer l’année
Pour clore cette chronique du mois de décembre, je veux vous souhaiter un merveilleux temps des Fêtes.
Que vous ayez immigré en famille ou non, ne restez pas seuls. Explorez les activités offertes dans votre ville. Osez de nouvelles expériences. Et pour les plus gourmands… dégustez les petites gâteries du coin, pourquoi pas une bonne queue de castor ?
Parce qu’apprendre à vivre de nouvelles choses, c’est l’un des secrets d’une intégration réussie.
À très bientôt pour une nouvelle chronique !

3 réflexions sur “L’immigration, le prix à payer”
Tres belle revue, merci à vous de nous partager ce qu’il y a de précieux dans notre communauté. L’immigration est un choix très audacieux, un long chemin parsemé d’embûches et le plus dur c’est qu’on ne sait jamais exactement combien de temps suffirait pour être complètement intégré.
Bravo pour l’article qui résume enfin la réalité des personnes immigrantes, trop souvent ignorée, voire réprimée , ou balayée par une phrase récurrente : «Au fait, rappelez-moi pourquoi vous avez immigré au Canada ! C’est votre choix ! » . Ayant moi-même vécue ces trois phases,celle de l’étudiante internationale qui arrache son diplôme,de la professionnelle qui peine à trouver sa place parmi les siens, et enfin le combat continuel d’une mère de famille qui tente de concilier ses études, son travail, sa vie de couple, et ses obligations financières , je me reconnais profondément dans cet article, sans oublier que nos enfants se heurtent, eux aussi, aux mêmes barrières que celles auxquelles ,nous parents, sommes confrontés.
Merci infiniment pour ce commentaire et de partager votre vécu. C’est courageux de vous exprimer et c’est important.