Maltraitance des aînés : briser le silence

ON A LE CHOIX - Négligence, violences physiques, psychologiques ou financières : les cas d’abus envers les personnes âgées sont en hausse. Alors que le vieillissement de la population s'accélère, les organismes de soutien tirent la sonnette d'alarme face à un phénomène souvent invisible, mais aux conséquences dévastatrices pour les victimes.
Personne âgée vue de dos assise sur une chaise à bascule

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Delphine Petitjean - Rédactrice en chef

On a le choix

Delphine Petitjean
IJL - On a le choix

Rédactrice en chef et journaliste
Delphine est diplômée en études de la communication et des médias ainsi qu'en rédaction web et enseignement. Elle a débuté en presse écrite en Belgique, puis s'est dirigée vers le domaine de l'insertion professionnelle et de la formation. Au Canada, elle a été chargée de projet, a eu quelques collaborations en rédaction, avant de se former à la réalisation documentaire et de co-fonder On a le choix Média.

Des chiffres inquiétants et des ressources locales insuffisantes

Selon un rapport de Statistique Canada s’appuyant sur les données policières depuis 2018, la violence familiale envers les personnes âgées a atteint un sommet en 2023 et continuait d’augmenter en 2024. Parmi les signalements, 72 % des personnes ont été victimes de voies de fait, et 17 % la cible de menaces.

Le Réseau de prévention de la maltraitance des aînés francophones de l’Ontario (RPMAFO) est le fruit d’un partenariat entre la Fédération des aînés et retraités francophones de l’Ontario (FARFO) et de Elder Abuse Prevention of Ontario. Ces membres œuvrent à la sensibilisation, mais plaident pour une intervention au niveau local.

« Les organismes de lutte contre les violences faites aux femmes, les centres de services communautaires et les centres de santé ont la possibilité de faire des interventions, mais on ne sait pas si ça se fait beaucoup, par manque de données officielles. », souligne la présidente du RPMAFO, Denise Lemire.

Denise Lemire
Denise Lemire - Présidente du RPMAFO
Photo : Courtoisie

Les fraudes et le tabou des violences intrafamiliales

Les premières maltraitances sont celles rapportées par le Centre anti-fraude du Canada et concernent les escroqueries financières via des promesses d’investissements fictives. L’intelligence artificielle permet en outre d’imiter la voix d’un membre de la famille afin d’extorquer de l’argent aux victimes. Enfin, les aînés sont vulnérables aux arnaques amoureuses. « Pour moi, c’est compréhensible que les gens puissent se faire avoir parce qu’ils sont isolés. », estime Denise Lemire.

Viennent ensuite les abus physiques et psychologiques, moins faciles à détecter, parce que sous-déclarés. « Parfois, les personnes aînées ne veulent pas dire : « Je suis en train de me faire maltraiter par ma fille ou mon époux et aussi, la négligence devient une maltraitance. », explique Kim Morris, directrice générale de la FARFO.

Abus dans le secteur des soins de longue durée

« Pensez à toutes les personnes dans les foyers de longue durée qui souffrent de démence ou d’Alzheimer, elles n’ont pas de voix si elles n’ont pas un membre de la famille qui peut parler pour elles et poser des questions. [..] Il manque beaucoup de ces données. », ajoute Kim Morris.

Kim Morris
Kim Morris - Directrice générale de la FARFO
Photo : Courtoisie

Il y a de la violence sexuelle qui se produit. On sait qu’il y a des pénuries de main-d’œuvre et même dans des foyers très renommés, ce sont parfois les gestionnaires qui doivent aider pour les repas. Il y a aussi une pénurie dans les soins à domicile et ça laisse la porte ouverte pour l’abus ou de la négligence.

La directrice générale de la FARFO évoque le cas de l’Extendicare Countryside de Sudbury. Cet établissement a fait les manchettes fin 2024 et ne pouvait plus accepter d’inscription en raison de la négligence observée dans les soins. « Les gens restaient dans leur couche sale pour des heures. C’est un des plus nouveaux foyers. Il y avait un manque de formation du personnel. »

Recueillir les témoignages autrement

La loi de 2021 sur le redressement des soins de longue durée rend le signalement de certains abus strictement obligatoire.

Il faut par ailleurs tabler sur des façons alternatives de recueillir les informations utiles. « On a mis une application sur le site de la FARFO pour recevoir des témoignages, mais on n’en reçoit pas vraiment. », se désole Denise Lemire. « Les gens vont parler quand on a un atelier en présentiel sur la maltraitance et c’est vers la fin que les personnes s’ouvrent. »

Kim Morris va dans le même sens. « J’ai assisté à plusieurs ateliers, on a fait venir la pièce de théâtre « En quête de votre argent » dans trois régions : Ottawa, Sudbury et Toronto. À Sudbury, on avait plus de 120 personnes et les gens ont parlé de ce qu’il leur était arrivé. Ils ne vont pas aller sur un site web pour rédiger comment ils se sont fait avoir. Mais là, aussitôt qu’une personne parlait, une autre enchainait et c’était toutes des personnes de 50 ans et plus. Entre chaque petite pièce, il y a des discussions et il y a de l’humour, ça fait en sorte que les gens se sentent plus confortables pour en parler. »

Sensibilisation

Kim Morris et Denise Lemire identifient un manque de sensibilisation au niveau public. « La prévention de la maltraitance, c’est un gros morceau. C’est pour ça que la FARFO a choisi d’ouvrir un réseau juste pour ça. On demande aux gens de parler et d’appeler notre ligne sans frais. Plus c’est ouvert, moins les gens qui maltraitent vont pouvoir s’en sortir. », insiste Kim Morris.

Et Denise Lemire de conclure : « Ça nous prend du financement pour continuer à faire ce qu’on fait. Les données probantes, on en aurait besoin pour justifier notre travail et alerter la population. »

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