
On a le choix
Dorianne David
Chroniqueuse
Dorianne David est une auteure et chroniqueuse francophone installée à Cornwall, en Ontario. Passionnée par l’écriture, elle aime mettre des mots sur les émotions, les relations humaines et les petits morceaux de vie qui méritent qu’on s’y attarde. Elle écrit également sur son blogue et collabore avec la presse locale, où elle partage une écriture personnelle, sensible et parfois teintée d’humour.
Quand une adresse devient une épreuve
À Cornwall, l’anglais est souvent la langue que l’on rencontre en premier dans le quotidien. Dans un magasin, au téléphone, dans une conversation ou simplement lorsqu’il faut donner une adresse à un chauffeur de taxi. Et c’est là que les choses deviennent intéressantes.
Je ne suis pas particulièrement douée pour prononcer certains noms de rues. Alors lorsqu’il faut expliquer au chauffeur que je veux simplement aller à McConnell Avenue, disons que je lui souhaite beaucoup de courage.
Mon anglais prend alors une tournure assez particulière : un mélange de français, d’anglais et d’un accent qui semble avoir décidé de faire sa propre carrière.
Je salue d’ailleurs l’intelligence des chauffeurs de taxi de Cornwall. Parce qu’après m’avoir entendue prononcer mon adresse, réussir à comprendre où je veux aller relève parfois presque du talent.
Même les devoirs s’en mêlent
À la maison, les langues aiment aussi jouer avec nous. Un soir, au moment des devoirs, je demande à ma fille d’aller chercher du papier, un crayon et une gomme. Elle revient quelques minutes plus tard avec… un chewing-gum.
Je regarde le paquet. Elle me regarde.
Et soudain, tout devient très clair.
En anglais, « gum » peut désigner le chewing-gum, alors que pour parler d’une gomme à effacer, on utilise « eraser ».
Voilà comment une simple gomme peut se transformer en petit cours d’anglais familial.
Quand plusieurs langues vivent ensemble, même les devoirs peuvent devenir une expérience linguistique.
Une langue ne reste vivante que si elle circule
Mais derrière ces petites situations amusantes, il y a quelque chose de beaucoup plus important.
Le français que l’on entend ici porte une histoire. Celle des familles qui le transmettent, des personnes qui choisissent de le préserver et d’une communauté qui continue de lui faire une place.
Le 25 septembre, c’était la Journée des Franco-Ontariens et des Franco-Ontariennes. Une occasion de célébrer une langue, une culture et une communauté. Et peut-être aussi de se rappeler qu’une langue ne reste vivante que si elle circule.
On la parle à la maison. On la transmet aux enfants. On l’utilise au travail, dans les commerces, entre amis. On la mélange parfois avec une autre. On cherche un mot. On se trompe. On recommence. Et puis on continue.
C’est peut-être ça, finalement, la beauté d’une langue : elle voyage avec les gens. Elle change un peu en chemin, rencontre d’autres langues et accueille de nouvelles voix.
Alors oui, parfois, trois langues dans un seul cerveau, c’est beaucoup de monde autour de la table. Mais à Cornwall, au milieu de tout ce va-et-vient linguistique, j’ai découvert une chose : le français avait encore une chaise de libre.
