
On a le choix
Delphine Petitjean
Rédactrice en chef et journaliste
Delphine est diplômée en études de la communication et des médias ainsi qu'en rédaction web et enseignement. Elle a débuté en presse écrite en Belgique, puis s'est dirigée vers le domaine de l'insertion professionnelle et de la formation. Au Canada, elle a été chargée de projet, a eu quelques collaborations en rédaction, avant de se former à la réalisation documentaire et de co-fonder On a le choix Média.
Quelles sont vos impressions ?
Je suis tellement reconnaissante ! […] La cérémonie était très protocolaire et chaleureuse en même temps, la gouverneure [lieutenante-gouverneure de l’Ontario, Edith Dumont] est une personne tellement chaleureuse. C’était vraiment spécial puis le fait que ma famille soit là également, ça a été une journée et une soirée mémorable. Je suis vraiment reconnaissance à Lucille Collard, notre députée provinciale qui a proposé ma candidature. C’est une reconnaissance que je partage avec mon équipe, nos partenaires et les gens avec qui je travaille.
On est toujours humble face aux reconnaissances, c’est ce qu’on accomplit qui compte plus que les prix, mais en toute honnêteté, pourquoi pensez-vous que vous avez été reconnue ?
[Rires]… Écoutez, j’ai travaillé beaucoup dans les services en français, pour faire avancer les droits linguistiques lorsque j’étais directrice générale de l’AJEFO (Association des juristes d’expression française de l’Ontario). Ce travail-là m’a vraiment permis de mettre sur pied, avec mon équipe, je veux vraiment le souligner, des projets très structurants, non seulement pour les professionnels de la justice, pour les appuyer dans le travail en français, mais également pour la communauté, pour mieux comprendre leurs droits et pouvoir agir dans la langue officielle de leur choix. Au centre de services communautaires Vanier, je peux travailler sur des projets structurants, au-delà de l’accès à la justice en français. Il y a la clinique juridique, l’insécurité alimentaire, l’accès aux services sociaux, pour enfants, jeunes parents, l’employabilité. C’est vraiment passionnant comme domaine, ça touche la vie de tous les jours.
Comment pensez-vous que le fait de recevoir cette reconnaissance peut encore ouvrir des portes ?
J’espère que cette reconnaissance sera perçue comme une reconnaissance du travail accompli par le centre communautaire Vanier et la différence qu’ils font dans la vie des gens qu’on dessert. On dessert 25 000 personnes par année, on interagit avec 70 000 personnes par année.
Quelles sont les valeurs fondamentales qui vous guident ?
Premièrement, je dirais la bienveillance envers nos clients et le personnel, nos partenaires. Visionnaire, je tiens vraiment à mettre sur pied des projets qui vont apporter un impact concret aux communautés qu’on dessert et le message : « Osez ! Prendre des risques, penser à des projets qui vont changer la vie puis faire des erreurs et reculer au besoin. » Puis dans le travail et mes valeurs familiales, c’est vraiment l’inclusion et de répondre aux besoins de nos communautés.
Quel évènement a été fondateur par rapport à votre envie de réduire les inégalités ?
L’élément déclencheur a été dans ma première année de cours de droit pénal. La directrice générale de l’AJEFO à l’époque, Danielle Manton est venue faire une présentation sur l’accès à la justice. Je ne savais pas ce que c’était. J’ai communiqué avec elle après cette présentation et j’ai dit : « Je suis Franco-ontarienne, je viens de Cornwall, ça m’intéresse énormément, est-ce que je peux faire du bénévolat ? ». Et j’ai commencé à faire des présentations sur des domaines juridiques dans les écoles secondaires. L’intérêt des jeunes, les questions, ça a vraiment inspiré ma carrière au complet.
Qu’est-ce que Cornwall a de particulier et de complexe au niveau linguistique ?
Effectivement, c’est complexe, mais c’est beau. Les francophones de Cornwall croient en la francophonie, sont défenseurs de leurs droits, croient dans l’accès aux services en français et c’est ce qui me rend vraiment fière. Je suis allée à l’école en français puis j’ai déménagé pour suivre mes études en français à l’Université d’Ottawa. Ce qui me raccroche vraiment, ce sont mes racines francophones qui sont de Cornwall. La majorité de ma famille est toujours là et je suis fière de ce groupe de cheerleaders qui sont derrière moi. J’adore revenir à Cornwall pour m’adresser en français aux différents commerçants. […] J’ai été piquée par la cause francophone alors que j’étais au secondaire et les choses n’ont pas vraiment changé !
Cornwall a aussi été élue Communauté francophone accueillante (CFA). Si on fait le parallélisme, qu’est-ce que votre parcours vous a appris sur l’accueil des nouveaux arrivants ?
Depuis quatre ans, j’ai beaucoup appris sur les services qui sont nécessaires à l’intégration des nouveaux arrivants. Au sein des communautés francophones, nous avons des travailleurs d’établissement dans les écoles, des servies où les gens viennent nous voir et reçoivent des informations et des plans d’intégration. […] Il y a le programme HIPPY où des mères immigrantes sont formées par d’autres mères immigrantes de notre centre à préparer les enfants à l’école. […] J’ai été beaucoup sensibilisée aux réalités des nouveaux arrivants depuis mes quatre années au centre, non seulement avec nos programmes d’intégration, mais également, dans tous nos autres programmes. Par exemple, dans nos services d’emploi financés par la province, environ 78 % de nos clients sont de nouveaux arrivants et spécifiquement des francophones, à environ 65 %. Il y a des besoins et la cible d’immigration est en hausse, on parle de 12 % dans les prochaines années, il faut répondre à ces besoins.
Qu’est-ce qui vous satisfait le plus en termes d’évolution et quel est le point d’attention à court et moyen terme pour l’accès à la gamme de services en général ?
Ce qui me satisfait le plus, c’est la reconnaissance des bienfaits et de l’apport des nouveaux arrivants francophones. Nous avons besoin des nouveaux arrivants pour assurer la vitalité puis la continuité de nos communautés. […] On collabore pour s’assurer que nos services en français soient maintenus et s’améliorent. Il y a des projets comme le projet pilote pour un accès fluide aux services en français au Palais de justice d’Ottawa, le programme d’accès à la profession en français du Barreau de l’Ontario.
Il reste beaucoup de travail à faire, il y a encore des lacunes au niveau des services en français, des besoins qui ne sont pas répondus. On a plusieurs francophones qui viennent nous voir, qui ne parlent pas l’anglais et ils trouvent difficilement des emplois. On continue de travailler fort !

1 réflexion sur “Une Franco-ontarienne de Cornwall récompensée par l’Ordre de la Pléiade”
Bravo à la récipiendaire. Félicitations à Andrée-Anne pour ses engagements avec la jeunesse, sa passion pour le droit et ses valeurs. Excellent article, inspirant pour tous ceux qui veulent avoir un impact dans leurs communautés. Merci.