Urbex : des lieux abandonnés à explorer autrement

Urbex, vue aérienne d'une ancienne usine au bord d'un lac
ON A LE CHOIX – Véritables phénomènes sur les réseaux sociaux, les urbexeurs s’aventurent dans des lieux abandonnés sans rien demander à personne. C’est fascinant, mais aussi dangereux et parfois illégal. Dans la nouvelle série proposée par TFO, l’animateur Vincent Poirier propose aux spectateurs une exploration urbaine éthique. Avec d’autres passionnés, il découvre villes fantômes, anciens sites industriels et autres endroits chargés d’histoire aux quatre coins du pays.

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Photo-montage : Courtoisie – TFO
Delphine Petitjean - Rédactrice en chef

On a le choix

Delphine Petitjean
Rédactrice en chef et journaliste
Delphine est diplômée en études de la communication et des médias ainsi qu'en rédaction web et enseignement. Elle a débuté en presse écrite en Belgique, puis s'est dirigée vers le domaine de l'insertion professionnelle et de la formation. Au Canada, elle a été chargée de projet, a eu quelques collaborations en rédaction, avant de se former à la réalisation documentaire et de co-fonder On a le choix Média.

Raconte-moi la série : comment est-elle née ?

Urbex, c’est moi qui pars explorer les lieux abandonnés les plus fascinants du Canada. Donc, c’est une idée que j’ai eue en plein début de COVID. Tous les projets télé étaient sur pause. J’avais du temps. Je me suis dit que c’était le temps parfait pour enfin mettre une de mes nombreuses idées sur papier. Les lieux abandonnés m’ont toujours fasciné depuis que je suis enfant.

Au fil des années, j’ai développé un amour pour le plein air et l’histoire. Donc, c’était vraiment un projet qui mariait tous mes intérêts et mes passions. L’aventure, les paysages, la découverte, l’histoire. Je suis mis à faire des recherches, j’ai trouvé toutes sortes de lieux abandonnés fascinants. J’ai présenté ça à une productrice, elle a embarqué. Et là, toute une équipe s’est mise à faire de la recherche. On s’est rendu compte que c’est très difficile d’explorer des lieux abandonnés légalement. Parce que l’urbex est un phénomène social en ligne, beaucoup sur les réseaux sociaux, sur YouTube. Mais les urbexeurs visitent des lieux abandonnés sans la permission des propriétaires, ils font du vandalisme.

On a voulu faire ça de façon éthique. On cherchait vraiment à aller partout au Canada, raconter les histoires de ces lieux abandonnés-là, essayer de parler à des gens qui avaient habité dans ces lieux-là ou qui y avaient travaillé, mais toujours avec l’angle aventure. Donc, rester loin du côté didactique, rester loin du documentaire traditionnel, on voulait être dans l’action, vivre l’aventure, et je suis extrêmement fier du résultat. Ce que je voyais dans ma tête, c’est ce que je vois à l’écran aujourd’hui.

Vincent Poirier - Animateur
Photo : Raphaël Machiels - On a le choix

Et quand tu dis « rester loin du côté didactique », qu’est-ce que tu veux dire ?

Trop lent, trop historique, trop éducatif. Oui, il y a beaucoup, on explique les histoires de ces lieux-là, mais on veut aussi que ce soit excitant et qu’il y ait de la tension, que les gens vivent des émotions. Souvent, on se donne une quête. « OK, on a parlé à tel ancien résident, on va essayer de retrouver sa maison. » Donc, on est dans un village abandonné, les maisons sont toutes effondrées, ce sont des tas de bois. Quel indice on peut trouver pour confirmer que oui, c’est bel et bien la maison de tel monsieur à qui on a parlé, qui habitait ici il y a 75 ans. Et souvent, en fait, dans la plupart des cas, on a réussi à résoudre notre quête, à répondre aux mystères, à la question qu’on s’était posée au début de l’épisode. Souvent, c’était de vraies quêtes de détective. On raconte l’histoire, on apprend, mais toujours dans l’action.

Et le faire « de façon éthique », qu’est-ce que ça veut dire plus précisément ?

Sur les réseaux sociaux, les gens vont entrer sur des propriétés privées, vont aller faire des feux dans des bâtiments abandonnés, vont faire des graffitis. On voulait bien sûr rester loin de tout ça. On avait une recherchiste qui a travaillé de façon remarquable. On s’assurait d’avoir la permission toujours avant d’aller tourner n’importe où. Parfois, on n’obtenait pas la permission et il fallait abandonner tel lieu de tournage. On aurait pu le faire. Ils ne l’auraient jamais su. Mais non, on voulait vraiment le faire de façon éthique, sans laisser de traces, sans y aller de façon illégale. À cause de ça, il y a malheureusement eu des X sur certains lieux. Mais on en a trouvé d’autres.

Et ce qui est intéressant, c’est que parfois, on est dans un lieu, je pense à un petit village complètement vidé dans le centre de l’Ontario. Il ne reste plus grand-chose. Ce n’est pas grandiose au niveau de l’aventure, mais on tente de retrouver les fondations de la maison, les fondateurs du village et leur histoire sur comment ils sont arrivés au Canada, comment ils ont fondé ce village-là et c’est super intéressant. On accumule des indices et on trouve leurs fondations dans un champ abandonné à la fin de l’épisode. […] Parfois, ce n’est pas de la grande histoire canadienne, c’est de la petite histoire locale et ça demeure fascinant.

Ton coup de cœur ?

Oh ! Il y en a beaucoup.

Ce petit village-là de Cooper’s Falls en Ontario, vraiment une histoire fascinante des fondateurs, les Cooper, qui sont arrivés d’Angleterre et qui ont fondé un village à partir d’absolument rien. Et quand tu promènes dans le cimetière, la moitié des tombes, c’est écrit Cooper dessus. C’est tellement beau. Ensuite, en Colombie-Britannique, on s’est rendus à la frontière de l’Alaska visiter ce qui est considéré comme la plus grande ville fantôme du Canada, qui s’appelle Aniocs. Une ville minière abandonnée dans les montagnes sur le bord d’un fjord, avec un barrage bâti il y a 100 ans qui tient encore aujourd’hui sur lequel on s’est promenés. À Terre-Neuve, Ireland’s Eye, histoire triste, un village de pêcheurs qui a été vidé par le gouvernement dans les années 50, pour de bonnes raisons, pour offrir des services adéquats à la population. Ils ont recentralisé les gens, mais aujourd’hui, c’est un village complet qui a été vidé. Il y avait une ville à l’époque, il y avait une communauté, et là, c’est des décombres qui restent aujourd’hui. Un écrasement d’avion dans les montagnes à Terre-Neuve aussi, c’est une mission de l’armée américaine. Ils se pratiquaient à faire semblant d’être des Russes qui entraient sur le territoire nord-américain sans se faire repérer. Donc, ils éteignaient tout leur système de radar. Malheureusement, à cause de ça, ils sont entrés dans une tempête. Ils ont percuté une montagne et l’équipage au complet est décédé. Et les décombres, les restants de l’avion sont encore là, intacts, dans la montagne, après 75 ans. C’était beau, mais c’était touchant en même temps.

Comment est-ce que vous avez choisi les lieux ?

Avec une première recherche que j’ai faite, au tout début. J’ai fait une liste que je voulais.

Et ensuite, on rentre dans le pratico-pratique. Sur ma liste initiale, je dirais peut-être le tiers, on n’a pas pu s’y rendre. Le reste, on n’a pas trouvé les propriétaires, on n’a pas eu la permission. Ils nous chargeaient vraiment trop cher pour y aller. Donc, c’est vraiment nos recherchistes qui ont parlé à d’autres gens sur des forums de discussion obscurs sur Internet. Aller fouiller avec les autres urbexeurs, jaser avec eux. Quelquefois, ils écrivaient même aux Youtubers pour savoir : « Tel lieu, comment tu as eu accès ? Comment tu t’es rendu ? »

Vincent Poirier interviewé par Delphine Petitjean de On a le choix
Vincent Poirier interviewé par Delphine Petitjean au Gala de TFO
Photo : Raphaël Machiels - On a le choix

Au niveau de l’aventure humaine, quelle est la rencontre qui t’a le plus touché ?

À Jackfish, dans le nord de l’Ontario, sur le bord du lac supérieur, on a parlé à un ancien résident. Jackfish, c’était une ville qui a existé uniquement pour ravitailler les locomotives vapeur.

Donc, dans la première moitié du 20e siècle. Et la vie était dure. Ils allaient à l’école dans un wagon qui s’arrêtait dans le village une fois par mois. Ils revenaient de l’école et il fallait qu’ils remplissent les chaudières de charbon pour chauffer la maison. Les mamans fabriquaient les vêtements. Ils nous racontaient à quel point la vie était dure. Mais ils nous ont tous dit : « La vie était tellement belle. On a manqué de rien. Nos parents nous aimaient. On était heureux. »

On pouvait sentir cette vie-là, mais en même temps, on était dans ce village qui n’existait plus. Donc, sentir qu’il y avait eu de la joie ici et que là, maintenant, tout ça était disparu, c’était extrêmement touchant de voir la résilience de ces gens-là aussi. Parce que n’importe quel village qui a été fondé il y a 100 ans, 150 ans, dans le Grand Nord de l’Ontario, sur le bord de l’Alaska, c’était dans des conditions extrêmes, extrêmement isolées, mais les gens travaillaient dur, étaient fiers, et réussissaient à construire une belle vie. De voir que tout ça était disparu aujourd’hui, c’était souvent très difficile.

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