Qu’il est beau ton accent en français !

CHRONIQUE - Comme le fleuve Saint-Laurent qui traverse les frontières sans jamais perdre son identité, quarante-deux jeunes se sont réunis à Montréal pour participer au Forum sur le leadership et l’engagement citoyen organisé par le Centre de la francophonie des Amériques. Ils ont apporté avec eux des histoires distinctes, des accents bigarrés et des réalités multiples.
Les chevaliers de la francophonie rassemblés debout autour d'une table

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Photo : Courtoisie
Paule Véronique Fouda Mengue

On a le choix

Paule Véronique Fouda Mengue
Chroniqueuse

Jeune ambassadrice de la Francophonie des Amériques, Paule Véronique Fouda est activement engagée au sein des milieux culturels et communautaires francophones en Ontario. Elle poursuit actuellement un baccalauréat spécialisé en communication et médias numériques à l’Université de l’Ontario français. Ses intérêts de recherche et d’engagement portent sur les enjeux contemporains de la francophonie, les mutations culturelles ainsi que les transformations du numérique.

Une francophonie d’ici et d’ailleurs

J’étais consciente que j’allais rencontrer des jeunes venus de partout dans les Amériques. Je savais que nous allions passer cinq jours ensemble, du 15 au 19 juin, à l’Université du Québec à Montréal, à réfléchir au leadership, à l’engagement citoyen et à la francophonie. Mais je ne m’attendais pas à découvrir une francophonie bien plus vaste que celle que je connaissais.

Au fil des conférences, des ateliers, des repas et des discussions improvisées entre deux activités, j’ai parlé à des jeunes venus de toutes les provinces du Canada, mais aussi du Mexique, du Nicaragua, du Costa Rica, du Pérou, d’Haïti, de la Louisiane, du Brésil et d’autres régions des Amériques. Chacun arrivait avec son parcours et très vite, les présentations ont laissé place aux confidences.

Nous avons évoqué nos communautés, nos réussites, nos inquiétudes et nos rêves pour l’avenir. Certains vivent dans des environnements où le français est omniprésent. D’autres doivent le défendre au quotidien dans des contextes où il demeure minoritaire. Pour plusieurs, parler français est une évidence. Pour d’autres, c’est un choix, parfois même un acte de résistance culturelle. Dans cet échange entre francophones d’ici et d’ailleurs, nous avons tous constaté qu’il n’y a pas à avoir honte de son identité, de son accent ou de sa manière de vivre le français. La francophonie se construit avec les jeunes, portée par leur diversité, leur voix et leur engagement à faire vivre une langue qui les rassemble autant qu’elle les définit.

Au fil des journées, des questions revenaient sans cesse : comment préserver le français ? Comment le transmettre aux générations futures ? Comment encourager les jeunes à s’engager dans leurs communautés ? Comment reconnaître la légitimité de toutes les francophonies ? Je ne pourrai jamais prétendre avoir des réponses à ces questions, mais la phrase que j’ai retenue lors d’une conférence pendant le forum me semble apporter un élément de réponse :

Paule Véronique Fouda Mengue
Photo : Courtoisie Paule Véronique Fouda Mengue

Le monde change grâce aux minoritaires et à ceux qui ont le courage de devenir minoritaires.

Parce qu’être minoritaires, c’est refuser de disparaître dans la majorité et choisir, malgré les défis, de continuer à exister, à créer et à bâtir.

Les discussions ont aussi révélé une réalité plus sensible. Même au sein de la francophonie, certains francophones et francophiles doivent encore prouver leur légitimité. Les accents, les façons de parler et les appartenances deviennent parfois des marqueurs de jugement.

Dans le film Parler mal de Bianca Richard, une phrase m’a particulièrement touchée : « Ma façon de parler n’est pas celle qui est acceptée à l’extérieur de ma communauté. » Cette confession a ouvert un échange sur l’identité, le sentiment d’appartenance et la diversité linguistique. Car si le français nous unit, il ne nous uniformise pas. Et c’est précisément cette pluralité qui en fait la richesse.

Construire des ponts plutôt que des frontières

Au-delà des défis, je ne saurais ignorer notre capacité à nous rapprocher. Tout au long de la semaine, j’ai été frappée par les points communs qui émergeaient entre des jeunes pourtant séparés par des milliers de kilomètres. Malgré des contextes politiques, culturels et linguistiques différents, une même volonté nous unissait, celle de faire vivre et rayonner le français dans nos milieux respectifs.

Le forum nous a rappelé qu’une communauté ne se construit pas en érigeant des frontières entre accents, régions ou parcours. Elle se construit en créant des ponts, entre générations, entre territoires, entre francophones et francophiles, entre expériences différentes, mais complémentaires. Les questions mentionnées plus haut n’appellent pas de réponses simples. Elles exigent surtout de l’écoute, de l’ouverture et une volonté réelle de reconnaître chaque voix. Car l’avenir de la francophonie dépend autant de sa vitalité linguistique que de sa capacité à inclure. Lorsqu’il s’agit des enjeux liés à la francophonie, nous ne pouvons pas accepter le « non » comme réponse.

Les Chevaliers de la francophonie

Parmi les souvenirs que je chéris particulièrement, il y a celui de notre groupe, les Chevaliers de la francophonie. Ce nom est né d’une discussion collective. Plus nous l’explorions, plus nous trouvions des arguments pour le justifier. Dans l’imaginaire collectif, les chevaliers sont des personnes prêtes à se sacrifier pour leur royaume. Pour nous, ce royaume n’était ni un territoire ni une institution, c’était notre français !

Au fil des jours, ce groupe est devenu bien plus qu’une équipe de travail. Nous avons partagé nos histoires, confronté nos réalités, échangé sur nos réussites comme sur nos frustrations. Nous avons ri, débattu, appris et évolué ensemble. Sans nous en rendre compte, nous étions en train de vivre ce que le forum cherchait à transmettre, notamment une francophonie fondée sur des valeurs humaines. Une francophonie qui repose sur la solidarité, la fraternité et la volonté d’avancer ensemble.

Replacer l’humain au centre : savoir-être, savoir-faire, savoir penser et partager

La francophonie est avant tout une expérience humaine. Elle prend vie à travers les bénévoles, les enseignants, les organismes communautaires, les aînés qui transmettent leur mémoire et les jeunes qui s’engagent. Tout au long du forum, la programmation avait pour objectif principal de nous amener à développer quatre dimensions essentielles chez les jeunes leaders : le savoir-être, à travers l’écoute et l’ouverture aux autres; le savoir-faire, dans la collaboration et l’action collective; le savoir penser, par la réflexion critique sur les enjeux de la francophonie; et le savoir partager, dans la capacité à transmettre, à relier et à construire avec les autres.

Nous avons parlé de leadership, mais jamais comme d’une quête individuelle. Il est question d’un leadership qui écoute, qui rassemble, qui agit de bonne foi et qui est capable de mobiliser les autres autour d’un projet collectif. Nous avons également abordé l’économie sociale, l’engagement citoyen, la participation communautaire et le rôle essentiel que jouent les jeunes dans l’avenir de nos communautés. Je crois que mes camarades de ce forum conviendraient avec moi que nous ne pouvons pas attendre que les changements arrivent d’eux-mêmes. Nous devons faire partie de la discussion, prendre notre place et contribuer aux solutions. Car, au fond, s’engager pour la francophonie, c’est choisir d’agir.

Un album de souvenirs et un appel à l’action

À la fin du forum, nous avons reçu le titre de Jeunes Ambassadeurs et Ambassadrices de la Francophonie des Amériques. Un titre dont je suis fière, mais ce n’est pas ce que je retiens en premier. Je retiens la bienveillance de Federico du Brésil, l’écoute attentive d’Ana du Pérou, l’authenticité de Rubén du Mexique, l’enthousiasme de Kelsi de la Louisiane, la générosité et l’énergie de Louis et Imelda du Québec, la sympathie de Taryn du Manitoba et la détermination de Juste-Cœur d’Haïti.

Je retiens des rencontres qui ont dépassé les frontières en quelques jours. Et surtout, la preuve que la francophonie des Amériques est bien vivante. Une francophonie plurielle, en mouvement, parfois fragile, mais qui vibre au rythme d’une jeunesse engagée. L’avenir du français ne se jouera pas uniquement dans les institutions. Il se construira dans les communautés, les écoles, les organismes et les initiatives citoyennes. Il dépendra de notre capacité à reconnaître ce qui existe déjà tout en continuant à bâtir ce qui manque encore.

Pendant cinq jours, à Montréal, les Amériques ont parlé français.
J’ai eu le privilège d’en être.
Peut-être est-ce cela, finalement, la plus belle leçon de ce forum.
Parle-moi en français, et je ne te dirai pas seulement à quelle francophonie tu appartiens.
Je te dirai que nous avons encore un avenir à construire ensemble.

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1 réflexion sur “Qu’il est beau ton accent en français !”

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