Conserver nos données au Canada, mais à quel prix ?

Drapeau du Canada avec un cadenas sur la feuille d'érable
ON A LE CHOIX – Le 13 août dernier, le gouvernement provincial a dévoilé les grandes lignes de son cadre stratégique pour les centres de données. Le but affiché est d’attirer les investissements afin de stimuler la croissance économique, tout en gardant le contrôle sur les informations des Canadiens. Un plan ambitieux qui soulève des inquiétudes.

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Delphine Petitjean - Rédactrice en chef

On a le choix

Delphine Petitjean
Rédactrice en chef et journaliste
Delphine est diplômée en études de la communication et des médias ainsi qu'en rédaction web et enseignement. Elle a débuté en presse écrite en Belgique, puis s'est dirigée vers le domaine de l'insertion professionnelle et de la formation. Au Canada, elle a été chargée de projet, a eu quelques collaborations en rédaction, avant de se former à la réalisation documentaire et de co-fonder On a le choix Média.

L’économie la plus concurrentielle du G7

« Protéger l’Ontario » est le slogan de l’administration Ford et le cadre stratégique pour les centres de données prévoit qu’installer des centres de données va générer des retombées concrètes importantes pour les collectivités locales. Le gouvernement de l’Ontario entend ainsi contribuer à faire du Canada l’économie la plus concurrentielle du G7 par ce qu’il qualifie de catalyseur clé de la future approche provinciale sur l’intelligence artificielle. Cette initiative permettrait la création de 17 000 nouveaux emplois par année d’ici 2035 et une croissance de 122 milliards de dollars. Les coûts reliés à l’électricité seraient par ailleurs assumés par les centres eux-mêmes.

« L’Ontario a un choix à faire : soit nous bâtissons l’économie de l’avenir et veillons à ce que les données de la population demeurent au Canada, soit nous nous laissons distancer et risquons de voir ces données être transférées aux États-Unis et ailleurs. », a déclaré le premier ministre Doug Ford.

Sélection

Le ministre de l’Énergie et des Mines aura le pouvoir décisionnel final quant aux installations à forte consommation d’électricité autorisées à se raccorder au réseau électrique provincial. Le cadre stratégique repose ainsi sur trois piliers qui orienteront l’approbation des nouveaux centres de données :

  • Favoriser le développement économique : projets qui génèrent d’importants investissements, créent des emplois et produisent de nouvelles recettes fiscales pour la province et les municipalités, renforcent les chaînes d’approvisionnement nationales de l’Ontario et du Canada et aident les entreprises à accroître leur productivité.
  • Protéger la sécurité des données et la souveraineté numérique : projets susceptibles de renforcer la souveraineté numérique de l’Ontario et du Canada afin de protéger les données essentielles et les renseignements personnels. Les données de la population demeureront au Canada.
  • Investir dans les collectivités et gagner la confiance du public : projets qui procurent des avantages concrets aux collectivités locales en prévoyant des investissements importants, tant financiers que non financiers, dans les collectivités d’accueil afin de favoriser le développement des infrastructures locales, la création d’emplois, la formation et la croissance économique future.

Le gouvernement recueille les commentaires du public via le Registre environnemental de l’Ontario et le Registre de la réglementation de l’Ontario dans le cadre d’une période de consultation qui se termine le 12 septembre.

Inquiétudes au pays

La population exprime depuis plusieurs mois que l’implantation des centres de données ne se fera pas sans heurt. Des voix opposantes se font entendre en Alberta, en Colombie-Britannique et en Ontario.

Les habitants d’Olds se sont mobilisés contre un projet de campus composé de 10 bâtiments, d’une capacité totale de production d’électricité au gaz de 1,4 gigawatt.

En juin, des opposants ont organisé une manifestation à Vancouver contre l’ouverture de centres de données destinés à l’IA, tandis qu’à Hamilton, un projet visant à établir un campus de centre de données au bord de l’eau a été vivement contesté en juillet.

Les habitants des localités où des centres de données ont été proposés s’inquiètent des effets de ces derniers sur l’environnement et la santé publique, en raison de la pollution atmosphérique et sonore, ainsi que de la pression qu’ils pourraient exercer sur les nappes phréatiques et l’approvisionnement en électricité.

Guidance du fédéral

Le 3 septembre dernier, Ottawa a dévoilé de nouvelles lignes directrices pour encadrer le développement responsable des centres de données au Canada, alors que les besoins en capacité informatique explosent avec l’essor de l’intelligence artificielle.

Annoncés par le ministre Evan Solomon avec le président de la Fédération canadienne des municipalités, Tim Tierney, ces principes visent notamment à protéger les consommateurs d’électricité, réduire la consommation d’eau et les répercussions environnementales, assurer la transparence des projets et générer des retombées durables pour les collectivités.

Le cadre doit servir de référence aux municipalités et compléter les règles provinciales, territoriales, municipales et autochtones déjà en vigueur. La pression demeure donc plus au niveau local.

Une vingtaine d’entreprises du secteur, dont Amazon Web Services, Google, Microsoft, OpenAI, Bell, Meta et TELUS ont signé ces principes.

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