Entrepreneures immigrantes : innovation et résilience

ON A LE CHOIX - À l’occasion de son évènement pour la Journée internationale des droits de la femme, l’organisation Consœurs en affaires à Alexandria a fait salle comble. Présentes, des femmes venues d’ailleurs avec des rêves et des idées plein leurs bagages.

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Delphine Petitjean - Rédactrice en chef

On a le choix

Delphine Petitjean
IJL - On a le choix

Rédactrice en chef et journaliste
Delphine est diplômée en études de la communication et des médias ainsi qu'en rédaction web et enseignement. Elle a débuté en presse écrite en Belgique, puis s'est dirigée vers le domaine de l'insertion professionnelle et de la formation. Au Canada, elle a été chargée de projet, a eu quelques collaborations en rédaction, avant de se former à la réalisation documentaire et de co-fonder On a le choix Média.

Adèle Marie Kahota Kabuo - Fondatrice de l’organisme Promotion du Leadership pour le Développement Communautaire (PLDC)
Photo : Raphaël Machiels - On a le choix

Défis structurels

Adèle Marie Kahota Kabuo est la fondatrice de l’organisme Promotion du Leadership pour le Développement Communautaire (PLDC), situé à Casselman et qui vient en aide aux nouveaux arrivants dans les milieux ruraux. « Dans nos zones, les nouveaux arrivants sont plus écartés des services de base, ils vivent dans l’isolement. Ça augmente la pression et ralentit leur intégration. »

L’association joue ainsi un rôle d’information et de lien avec la communauté d’accueil. Adèle Marie est aussi panéliste lors de différents évènements de sensibilisation au racisme dans les comtés de Stormont Dundas et Glengarry.

La disposition géographique ne donne pas beaucoup de chance de faire une transition fluide par rapport à quelqu’un qui vit dans un milieu urbain. À Casselman, il n’y a pas de transports en commun. Il n’y a pas de collèges, de formation des métiers.

Les femmes plus fragiles

« Tu peux attendre jusqu’à une année avant que ton enfant soit admis en garderie. », souligne Adèle Marie Kahota Kabuo. Tout ça bloque l’intégration et spécifiquement des femmes. C’est la femme qui va rester à la maison et l’homme va se chercher un travail et s’intégrer. »

L’analyste recueille des données sur ces défis d’adaptation liés au genre. Elle déplore aussi le manque de mentorat et de modèles. « Dans des évènements comme ce soir, on rencontre beaucoup de femmes qui sont dans les affaires, mais nous, venant d’Afrique, on n’a pas ce courage d’aller vers elles. On les observe de loin. », souligne-t-elle.

« Tout ce qui s’est passé comme dynamique post Covid n’est pas égal à la stratégie d’intégration d’il y a 20 ans. Elle devrait être repensée pour correspondre au contexte actuel. »

Un village lointain comme inspiration

El Gibbor Djiki est propriétaire d’une entreprise consacrée à l’achat alimentaire collectif dont l’entrepôt est situé à Alexandria. Elle était aussi présente ce soir-là.

El Gibbor Djiki - Propriétaire d’une entreprise consacrée à l’achat alimentaire collectif dont l’entrepôt est situé à Alexandria
Photo : Raphaël Machiels - On a le choix

Je suis en affaires depuis l’âge de 17 ans, dans mon pays d’origine, le Cameroun. Venant d’une famille, même pas modeste, en dessous de ça, j’ai été rapidement initiée par ma maman au commerce à l’africaine. Vendre au bord de la route tout ce qu’on peut pour pouvoir manger et payer les frais de scolarité.

L’entrepreneure a d’abord fait un passage en France pour ses études, avant de vivre à Ottawa. Elle est mère monoparentale. « Je me suis rendue dans les banques alimentaires, comme toutes les familles en difficulté. Ma culture alimentaire n’était pas comblée. […] En réfléchissant, je me suis rendu compte que le problème était mon manque de capacité à faire face toute seule à la hausse des prix. C’est là que je me suis souvenue que dans mon pays, informellement, les gens parfois se groupent pour aller acheter de la nourriture dans des villages près des fermiers à prix de gros. »

Avec d’autres mères fréquentant son centre communautaire, elles ont testé l’idée auprès d’une grande surface d’Ottawa.

Sensibiliser à la mécanique du trop cher

« Les magasins peuvent aussi écouler leurs invendus, comme des produits frais ou des produits à date sensible qu’ils n’arrivent pas à écouler assez rapidement en créant des groupes d’achat à tarif préférentiel. On travaille avec les organismes pour faire de l’éducation auprès des Canadiens sur ce mode d’achat. On leur permet de comprendre le mécanisme, les mathématiques derrière le prix élevé dans les rayons. […] Si on se met en groupe, ça permet de limiter les intermédiaires, on peut maximiser sur la quantité voulue et aller directement chez le fournisseurs. »

Le concept d’achats groupés n’est pas nouveau. Selon une étude réalisée par l’équipe de recherche et analyse économique du service marketing et des affaires de la banque BDC, en 2013, sept Canadiens sur dix affirmaient connaître les sites d’achats groupés. Environ 70 % des utilisateurs estimaient que les offres de ces plateformes leur permettaient de réaliser d’importantes économies.

L’étude signalait aussi un essor de l’« économie de partage » qui désigne un modèle dans lequel les consommateurs peuvent échanger ou partager des biens entre eux, ou encore louer leurs propres biens à d’autres afin de réduire leurs dépenses.

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