
On a le choix
Delphine Petitjean
IJL - On a le choix
Rédactrice en chef et journaliste
Delphine est diplômée en études de la communication et des médias ainsi qu'en rédaction web et enseignement. Elle a débuté en presse écrite en Belgique, puis s'est dirigée vers le domaine de l'insertion professionnelle et de la formation. Au Canada, elle a été chargée de projet, a eu quelques collaborations en rédaction, avant de se former à la réalisation documentaire et de co-fonder On a le choix Média.
Lettre ouverte
Le jeudi 8 janvier dernier, Carilyne Hébert a adressé une lettre ouverte à la population.
Aux résidents de Cornwall,
Servir cette communauté pendant plus de onze ans a été l'un des plus grands honneurs de ma vie. J'ai toujours cherché à agir avec compassion, honnêteté et à défendre les personnes dont la voix n'est pas toujours entendue. Suite à la publication du rapport du commissaire à l'intégrité, je souhaite m'adresser directement à vous concernant le contexte de mes propos tenus lors de la réunion du comité de gestion du Glen Stor Dun Lodge, le 24 septembre. Je vous invite également à consulter le rapport complet afin de prendre connaissance de ma réponse intégrale, transmise directement au commissaire à l'intégrité dans mes observations.
Rapport du Commmissaire à l'intégrité
Mes propos lors de cette réunion étaient motivés par ma préoccupation pour les personnes qui vivent et travaillent à la résidence. Lorsque le personnel de première ligne a interpellé les conseillers, assisté aux réunions du conseil et fait part de ses inquiétudes quant aux répercussions des restructurations d'effectifs, j'ai jugé important de les écouter. J'ai toujours été convaincue que l'écoute des travailleurs, des résidents et de leurs familles est un élément fondamental d'un service public responsable.
J'ai appuyé les changements d'effectifs proposés en août, car les informations présentées à ce moment-là, ainsi que la présence de notre nouvel administrateur, m'ont rassurée quant au fait que la proposition émanait de personnes ayant une expérience directe des soins de longue durée. Lorsque des perspectives et des préoccupations différentes ont émergé par la suite de la part du personnel travaillant directement sur le terrain, j'ai estimé qu'il était de mon devoir de porter ces points de vue à l'attention du comité de gestion. J'ai soulevé ces questions parce que la santé, la sécurité et la dignité de chaque résident me tiennent à cœur, et parce que je prends mon rôle très au sérieux.
Je tiens à remercier le commissaire à l'intégrité d'avoir reconnu que mon engagement était motivé par le souci du bien-être de tous les résidents et de la qualité globale des soins prodigués à la résidence. J'apprécie également la confirmation sans équivoque de l'absence de conflit d'intérêts. Cette reconnaissance est importante à mes yeux, car elle reflète la véritable intention qui sous-tend toutes mes interventions et explique pourquoi il me semblait essentiel de prendre la parole.
Ceux qui me connaissent savent que je parle avec le cœur. Quand quelque chose me tient à cœur, cela me tient profondément à cœur, et cette passion peut parfois se manifester avec force. Lorsque j'ai évoqué mon grand-père, ce n'était pas pour le mettre en avant ni pour revendiquer un quelconque intérêt particulier. C'était simplement pour humaniser le débat. Chaque résident de la résidence mérite des soins de qualité et de la compassion, qu'il s'agisse d'un membre de votre famille, de votre voisin ou d'une personne que vous n'avez jamais rencontrée.
Je tiens également à prendre acte des conclusions du rapport concernant les points sur lesquels le commissaire à l'intégrité a déterminé que j'avais manqué au code de conduite. Il a conclu que j'aurais dû vérifier certaines informations avant de les divulguer publiquement et que mes propos lors de la réunion de septembre étaient insensibles envers l'administration de la Loge. J'accepte cette conclusion. Je n'ai jamais eu l'intention de remettre en question l'intégrité de qui que ce soit ni de dénigrer le travail accompli à la Loge. Mon objectif était de soulever des préoccupations et d'obtenir des éclaircissements, et je reconnais que j'aurais pu aborder ces préoccupations avec plus de tact.
Concernant mes propos sur le comité de gestion, que j'ai qualifié de bureaucratie supplémentaire, je tiens à préciser qu'il n'a jamais été question d'offenser mes collègues conseillers de comté présents. En fait, ma frustration provenait en partie du souhait que ces représentants du comté disposent du même niveau d'information et du même pouvoir décisionnel sur les affaires de la Loge que les conseillers de Cornwall. Au fil des ans, j'ai siégé à plusieurs comités et conseils où les membres ont un rôle important à jouer dans l'élaboration des décisions. Lors de la réunion de septembre, j'ai été déçue que le comité de gestion n'ait pas le même niveau d'influence. Mes commentaires portaient sur la structure du processus et je regrette s'ils ont pu laisser entendre le contraire.
Lors de notre dernière réunion du comité de gestion, le 19 novembre, l'administration a indiqué avoir conclu un compromis avec le syndicat, renforçant ainsi les soins de première ligne et témoignant des progrès réalisés sur les points soulevés. J'ai félicité Mme Fisher pour la poursuite du dialogue et pour ses efforts visant à trouver une solution qui place le bien-être des résidents au premier plan. Je suis heureuse de constater que les échanges continus ont permis de dégager une voie plus équilibrée pour l'avenir.
Dans un souci de transparence et de responsabilité, je tiens à présenter mes sincères excuses à Mme Cathy Fisher. Je reconnais que mes propos lors de la réunion de septembre ont pu laisser entendre qu'elle avait induit le conseil ou le comité en erreur quant aux conséquences de la restructuration. Je m'en excuse. Il n'a jamais été question de remettre en cause son intégrité ou son professionnalisme. Ma frustration était motivée par le souci du bien-être des résidents et du personnel, mais je reconnais que la manière dont je l'ai exprimée a pu être blessante. Je regrette l'effet que mon ton a eu sur Mme Fisher. Mon objectif était de clarifier la situation et de favoriser la compréhension, et non de blâmer qui que ce soit, et j'espère que ces excuses seront reçues avec toute la sincérité et le respect que je leur porte.
Je continuerai de m'exprimer lorsque quelque chose me semble injuste, de poser les questions qui méritent des réponses et de défendre les intérêts des résidents, des familles et du personnel de première ligne. Mon objectif a toujours été d'exercer mon travail avec honnêteté, compassion et transparence. Cornwall mérite des dirigeants qui se soucient des citoyens, qui sont à l'écoute et qui sont prêts à aborder les sujets difficiles lorsque cela s'avère nécessaire.
Merci d'avoir pris le temps de lire ce message et merci de votre confiance qui me permet de vous servir.
Avec tout mon respect,Carilyne Hébert - Conseillère municipale
Plaidoyer mal reçu
Lors de la rencontre du comité de gestion du Glen Stor Dun Lodge, la conseillère a notamment affirmé ceci : « Ce comité est inutile. Peut-être faudrait-il renvoyer ce dossier au conseil. ». Des propos perçus comme « témoignant d’un rejet fondamental de la structure de gouvernance municipale et du mandat légal du comité. », pouvait-on lire dans le rapport de David Boghosian, le commissaire à l’intégrité.
« Votre suggestion présumée que les dossiers soient « renvoyés au conseil » et votre plaidoyer intensif en faveur des positions syndicales ont été perçus comme une tentative d’utiliser votre position de conseillère municipale pour influencer les questions opérationnelles dans le cadre de la compétence du conseil municipal et de l’administration. ».
Les propos de la conseillère s’inscrivent dans un contexte de difficulté pour le Glen Stor Dun Lodge qui a vu ses effectifs diminués. En plus de la sanction, le commissaire à l’intégrité a requis des excuses formelles.
« […] Mon rôle n’a jamais été de créer des conflits, mais de représenter les résidents, de soutenir les services de première ligne et d’être certaine que les décisions prises à cette table reflètent les meilleurs intérêts de note communauté […]. », s’est exprimée la conseillère Hébert avant les délibérations du conseil, le 12 janvier dernier.
Ce n’est jamais facile de parler de nos collègues parce que ce qui leur arrive peut nous arriver.
Conseiller - Fred Ngoundjo
« Je respecte totalement la décision du commissaire à l’intégrité, mais je voudrais souligner quelque chose : ce processus de poursuivre un conseiller est un peu injuste parce qu’on est passionnés parfois. On essaie de faire de notre mieux pour notre communauté. Je ne vais pas essayer de défendre ma collègue, mais j’espère qu’un jour, la province ou le conseil, nous devrons avoir le courage d’adresser ce processus et d’essayer de le reconstruire ou de le rendre meilleur parce que donner la possibilité à chacun de poursuivre un conseiller, il y a quelque chose d’incorrect ici et je pense qu’en tant que démocratie, nous devrions reconsidérer ce système et parler de ça. »
Le conseiller Dean Hollingsworth a quant à lui estimé que si le fait que les autres conseillers soient amenés à donner leur avis sur leurs collègues était questionnable, il était nécessaire de pouvoir se référer à un code de conduite pour l’ensemble des conseillers et de faire attention à l’avenir quand une situation identique se produit puisqu’un manquement au code de conduite était bel et bien identifié.
Une réforme du processus de sanction est effectivement envisageable. « Les Villes d’Hamilton et de Caledon l’ont déjà fait, ils ont délégué totalement la responsabilité à la commission pour l’intégrité. », a expliqué David Boghosian.
La passion et le décorum
Le conseiller Maurice Duprelle, lui-même mis sur la sellette récemment, notamment pour son faible taux de participation aux réunions et des manquements aux formations obligatoires, a exprimé son soutien à Carilyne Hébert. « Je voudrais dire qu’après avoir tout revu, je pense que ma collègue voulait parler pour le bien-être des résidents et parfois, nous devons être compassionnels et nos émotions entrent en jeu. Le conseiller a ainsi estimé que sa collègue n’avait rien fait d’autre que son travail de membre du comité et s’est dit en défaveur d’une réprimande.
Étant donné qu’aucun conflit d’intérêt n’a été retenu contre la conseillère Hébert, sa collègue Sarah Good s’est dit préoccupée que des questionnements, même mal formulés, soient considérés comme abusifs en ces termes : « Vous [Carilyne Hébert] n’avez pas fait votre devoir avec les responsabilités qui incombent à la fonction, vous vous êtes montrée téméraire par rapport à vos responsabilités et abusive envers le personnel. »
« Je n’achète pas le motif passionnel. Je pense qu’accuser les gens de mentir en public est très sérieux. Quand vous siégez dans un comité, vous avez de hauts standards et on attend plus de vous. », a estimé quant à lui le conseiller Claude McIntosh.
Le conseil a finalement entériné sa réprimande formelle, dans le sens des recommandations du commissaire à l’intégrité.
