La santé mentale chez les immigrants : on en parle ?

CHRONIQUE - Que vous évoque le terme « santé mentale » ?
Si je posais cette question dans une salle remplie de monde, j’obtiendrais probablement des dizaines de réponses différentes. Pourtant, toutes ramèneraient sans doute à une seule idée : le bien-être. Être bien avec soi-même émotionnellement, physiquement et spirituellement, devrait être un droit fondamental pour chaque être humain. C’est un cadeau que nous devrions tous nous offrir.

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Photo de Raimond Klavins sur Unsplash
Claude Andréa Bonny

On a le choix

Claude Andrea Bonny
Chroniqueuse

Claude Andrea Bonny a été chargée de l’animation et de la production d'émissions quotidiennes sur les ondes de TV Rogers Ottawa. Elle a plusieurs fois animé des événements pour la communauté francophone. Elle prend également plaisir à partager son expérience sur des sujets tels que la santé mentale, l’immigration et le leadership.

Malheureusement, je suis consciente que ce « cadeau » reste un luxe pour beaucoup. Les circonstances de la vie peuvent nous confronter à des difficultés presque insurmontables, créant inévitablement des problèmes de santé mentale. J’en parle en connaissance de cause.

À la découverte de la thérapie

Avant d’immigrer au Canada, je ne savais presque rien de la santé mentale, et encore moins à la thérapie. J’en avais entendu parler, bien sûr, mais sans vraiment comprendre ce que c’était.

Mon arrivée dans ce pays a marqué un tournant dans ma vie.
Après ma graduation, j’ai eu la chance d’animer pendant plus de six ans une émission quotidienne sur les ondes de TV Rogers Ottawa. Je recevais différents types d’invités, mais ceux qui me marquaient le plus étaient les experts en bien-être : coachs en développement personnel, thérapeutes, psychologues. Les échanges avec eux m’ont profondément transformée.

C’est à travers ces conversations que j’ai commencé à comprendre l’importance de la santé mentale. J’ai réalisé que prendre soin de soi
était un acte de courage, de sagesse et que demander de l’aide n’était pas un signe de faiblesse.

Ces rencontres m’ont aussi permis de découvrir que dans nos communautés afro-descendantes, parler de santé mentale demeure un tabou. 

Le tabou dans nos communautés

Roches empilées dans une vallée désertique
Photo : Raphaël Machiels - On a le choix

Toutes les sociétés n’abordent pas la santé mentale de la même façon. Les différences culturelles, les croyances et les valeurs influencent notre compréhension et notre acceptation de ce sujet. Dans de nombreuses communautés immigrantes, on nous enseigne à être forts et résilients. On nous apprend également à écouter les conseils des aînés, à nous appuyer sur nos amis et notre famille dans les moments difficiles.

Ces personnes deviennent, malgré elles, nos « thérapeutes » improvisés mais leurs conseils peuvent être biaisés par leur attachement émotionnel envers nous.
À l’inverse, un thérapeute professionnel offre un accompagnement neutre et objectif. Il possède les outils et la formation nécessaires pour vous guider sans jugement, sans attachement personnel. Cette neutralité fait toute la différence.

Les défis invisibles de l’immigration

Pour les immigrants, les problèmes de santé mentale apparaissent souvent très tôt dans le parcours migratoire. La solitude est généralement la première difficulté.
Puis viennent les autres défis : l’adaptation à un nouveau système, la barrière linguistique, la recherche d’emploi, l’instabilité financière…. Ces obstacles s’accumulent et peuvent devenir écrasants. Pourtant, beaucoup d’immigrants hésitent à demander de l’aide, par peur d’être jugés, par méconnaissance des ressources disponibles, ou simplement parce qu’ils pensent ne pas en avoir les moyens.

Photo de Vitaly Gariev sur Unsplash

Consulter un thérapeute ou se nourrir

Récemment, je discutais avec une connaissance thérapeute qui me confiait sa frustration. Plusieurs de ses clients immigrants abandonnent leur suivi thérapeutique, non pas parce qu’ils n’en voyaient pas l’utilité, mais parce qu’ils ne pouvaient tout simplement pas se le permettre financièrement.
Une consultation privée coûte entre 150 $ et 250 $ de l’heure. Pour un immigrant qui peine à joindre les deux bouts avec son salaire, ce montant représente un choix déchirant : consulter un thérapeute ou payer l’épicerie ? Nourrir son esprit ou nourrir son corps ?
Je comprends totalement cette réalité et c’est une situation qui me peine profondément.

Heureusement qu’il existe des ressources gratuites et accessibles.
L’information est disponible, il suffit de savoir où chercher. Vous pouvez commencer vos recherches sur le site internet de l’Association canadienne pour la santé mentale (ACSM) qui offre du soutien gratuit, des groupes d’entraide et des ressources en ligne. Cela peut être un bon début. Demander de l’aide n’est pas une faiblesse, c’est un acte de bravoure.

Un message aux leaders de nos communautés

En tant que personne considérée comme leader au sein de ma communauté, je peux vous confirmer une chose : cette responsabilité s’accompagne souvent d’un stress et d’une anxiété considérables.
On attend de nous que nous soyons forts, irréprochables et toujours disponibles. Cette pression peut devenir étouffante.
Je m’adresse donc encore à vous chers leaders : il est impossible de satisfaire tout le monde, même si vous le souhaitez alors ne sacrifiez pas votre santé mentale au nom d’une quelconque mission.

Conclusion : brisons le silence ensemble

La santé mentale n’est pas un luxe. Ce n’est pas un sujet tabou. C’est une composante essentielle de notre bien-être global.
Si vous ressentez le besoin de parler, d’être écouté, accompagné, n’attendez pas. Les ressources existent. L’aide est disponible. Vous n’êtes pas seul.

Prenez soin de vous. Vous le méritez.

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