Les librairies, piliers vacillants de l’identité franco-ontarienne

ON A LE CHOIX - Le 20 octobre 2025, la députée Lucille Collard a déposé un projet de loi visant à assurer la protection des librairies francophones de la province. Rejeté en novembre par le gouvernement Ford, celui-ci constituait pourtant un levier pour la préservation de la culture et de l’identité franco-ontarienne.

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Delphine Petitjean - Rédactrice en chef

On a le choix

Delphine Petitjean
Rédactrice en chef et journaliste
Delphine est diplômée en études de la communication et des médias ainsi qu'en rédaction web et enseignement. Elle a débuté en presse écrite en Belgique, puis s'est dirigée vers le domaine de l'insertion professionnelle et de la formation. Au Canada, elle a été chargée de projet, a eu quelques collaborations en rédaction, avant de se former à la réalisation documentaire et de co-fonder On a le choix Média.

En difficulté face à la concurrence

« On sait que c’est très important d’encourager le local et c’était ça l’idée derrière le projet de loi. », a expliqué Lucille Collard, s’appuyant sur une réglementation similaire existant au Québec. Il s’agissait de créer une obligation pour les institutions publiques (conseils scolaires, bibliothèques municipales, etc.) de s’approvisionner auprès des libraires francophones de l’Ontario. La députée d’Ottawa-Vanier a été sensibilisée à la problématique par les propriétaires de la libraire Le coin du livre, basée dans sa circonscription.

Elle a ainsi rappelé que les libraires francophones de l’Ontario, au nombre de 12 il y a une quinzaine d’années, n’étaient plus que 3 aujourd’hui. Un déclin qu’elle attribue à l’effet délétère de la compétition créée par des enseignes venant notamment du Québec.

Une réalité confirmée par Catherina Moskau, directrice générale de la bibliothèque publique de Clarence Rockland. « On utilisait Le coin du livre. On les aimait beaucoup, c’était une famille qui gérait, mais ils n’avaient pas tous les livres dont on avait besoin et ils ne pouvaient pas nous donner un rabais que les plus grandes librairies peuvent nous offrir. »

Projet de loi rejeté

« Nous savons que les librairies franco-ontariennes sont des espaces de vie, d’identité et de mémoire. […] Mais en 2025, la meilleure façon de soutenir ce milieu, c’est d’agir avec modernité, souplesse et concertation. C’est pourquoi notre gouvernement ne peut pas appuyer le projet de loi 58 sous sa forme actuelle. », a déclaré dans son allocution de novembre le député conservateur de Glengarry Prescott-Russel Stéphane Sarrazin.

« La population franco-ontarienne contribue de manière exceptionnelle à la prospérité de notre province. Elle représente moins de 5 % de la population, mais génère environ 11 % du produit intérieur brut de l’Ontario. Cette force, nous la retrouvons dans tous les domaines : l’entreprenariat, l’innovation, les arts, l’éducation et la fonction publique. Elle repose sur un réseau d’institutions solide et sur des partenariats construits au fil du temps, un modèle que nous avons choisi de renforcer plutôt que de contraindre.

Le projet de loi 58, malgré ses bonnes intentions, introduirait des rigidités qui menaceraient cet équilibre. Il ne reconnait pas la réalité d’une francophonie diversifiée, interconnectée et tournée vers l’avenir. […] Dès le début de 2026, nous tiendrons des concertations ciblées sur la culture franco-ontarienne, avec une attention particulière portée aux livres et à la chaine du livre. »

Manque d’actions concrètes

Trevor Stewart, conseiller pour la municipalité de Clarence Rockland s’est dit très déçu de ce rejet. « À part nous lancer quelques peanuts puis ci puis là, ils [le gouvernement Ford] ne font absolument rien pour assurer la pérennité de la communauté franco-ontarienne, la valorisation de la jeunesse, de notre langue, pour s’assurer qu’on a les mêmes succès, les mêmes ressources que les autres communautés de première langue anglaise. » a-t-il laissé tomber en entrevue.

« Ça fait des années qu’on a des consultations après consultations, que ça soit mené par des organismes francophones comme l’AFO ou le gouvernement provincial. Ce n’est pas juste le parti conservateur qui a fait ça, le parti libéral aussi. […] On regarde la façon dont ces consultations-là sont menées et c’est le même groupe de personnes qui se parle. C’est un silo. », a-t-il souligné.

« Notre communauté est en danger existentiel, ce n’est pas une question politique ou partisane. […] On doit être plus vocale comme communauté, on est trop polis en tant que Franco-Ontariens. »

Vision plus vaste

Le gouvernement conservateur a quant à lui déposé un projet de loi élargi. Adopté le 11 décembre 2025, celui-ci prévoit la possibilité d’émettre des directives pour créer des obligations d’achat à l’intérieur de la province de l’Ontario.

« Ça a eu le bénéfice de mettre en lumière la problématique qui existe. », a souligné Lucille Collard.

« Grâce à la Loi de 2025 visant à encourager à acheter Ontarien, notre gouvernement tire profit du pouvoir d’achat de la province pour protéger des emplois et s’assurer que notre argent reste ici, chez nous. Face aux droits de douane américains qui frappent nos travailleurs et nos entreprises, nous agissons pour protéger l’Ontario, et surtout les petites entreprises et celles des régions rurales qui en subissent le plus durement les effets. En travaillant de concert avec les municipalités, nous bâtissons un Ontario plus fort et plus autonome. », a déclaré dans un communiqué de presse le ministre des Services au public et aux entreprises et de l’Approvisionnement, Stephen Crawford.

Les directives prévues peuvent obliger les entités du secteur public à prendre des mesures en matière d’approvisionnement en biens et en services, y compris pour la gestion des contrats. Elles peuvent notamment favoriser l’achat de biens fabriqués en Ontario ou au Canada, ainsi que le recours à des services fournis en Ontario ou au Canada.

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