Quand l’image donne naissance au texte en français

ON A LE CHOIX - Le dimanche 22 février dernier, la Cline House Gallery de Cornwall a tenu un évènement de création littéraire inédit. En matinée, des auteurs francophones locaux ont présenté des textes inspirés des toiles exposées à la galerie.
Lecture de texte à la Cline House Galery

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Delphine Petitjean - Rédactrice en chef

On a le choix

Delphine Petitjean
Rédactrice en chef et journaliste
Delphine est diplômée en études de la communication et des médias ainsi qu'en rédaction web et enseignement. Elle a débuté en presse écrite en Belgique, puis s'est dirigée vers le domaine de l'insertion professionnelle et de la formation. Au Canada, elle a été chargée de projet, a eu quelques collaborations en rédaction, avant de se former à la réalisation documentaire et de co-fonder On a le choix Média.

L’exposition annuelle est ouverte depuis le 29 janvier. Les écrivains ont été invités à composer un texte de maximum 600 mots en lien avec l’œuvre sélectionnée. Le texte a été partagé avec l’auteur de la toile. Et finalement, la lecture publique de dimanche dernier a permis de découvrir les créations textuelles.

En tant que membre d'une génération de la relève, je considère que ce type d’initiative est essentiel pour renforcer l’identité de la communauté francophone, qu’elle soit passée, présente ou future. Elle offre aux francophones l’opportunité de s’épanouir dans leur langue de choix, et aux francophiles, celle de pratiquer le français. L’art, en particulier, demeure un domaine qui nous unit tous en tant qu’artistes, et qui nous permet de laisser notre empreinte dans notre communauté. C’est la raison d’être de nos musées. C’est grâce à des événements comme celui-ci que nous pourrons continuer à remplir nos musées du futur, et inspirer les générations futures à s’exprimer en français à leur tour.

Fragments de talents

Notre rédaction a sélectionné deux textes parmi ceux proposés lors de l’évènement.

Écrit par Ilham Djama en collaboration avec l’oeuvre Namaste de Bruce Kennedy

Ilham Djama
Photo : Raphaël Machiels - On a le choix
Namaste - Bruce KennedyPhoto : Raphaël Machiels - On a le choix
Namaste - Bruce Kennedy
Photo : Raphaël Machiels - On a le choix

L’or du dernier soleil

Je te parle. Ne baisse pas les yeux. Écoute.
Soutiens mon regard comme on soutient une vérité.
Je ne pose pas. Je demeure.
Ma présence est un rocher que les vagues ont frappé sans jamais le déplacer.
Le temps a passé sur moi , comme un sculpteur stoïcien et patient.
Il a trempé , il a creusé, il a insisté, il a recommencé.
Il a inscrit sur mon front et autour de mes yeux, patients
La longue phrase des années.

Mon visage est un livre ouvert. Mes rides sont des lignes d’écriture profondes,
et nul ne peut les effacer.
Elles racontent mes matins levés avant l’aube, mes nuits blanches aussi, mes fatigues.
Silencieuses, mes attentes derrière une fenêtre brouillée.

Elles disent mes joies retenues, mes chagrins avalés, Les espoirs que je n’ose plus nommer.
Et pourtant, rien d’amer.
La femme que j’ai été. L’enfant que j’ai été.
Mes amours glissés sous la pluie revers.

La femme que je suis devenue ?
Je ne regrette rien.
Si, peut-être le courage que j’ai manqué pour le véritable amour de ma vie.
Je regarde l’horizon gardien.

Maintenant, je sais que tout passe, que tout revient autrement, que rien ne se garde intact.
Tout, sauf les battements de cœur…
Mais ne te trompe pas, garde le pacte.
Je ne suis pas un abîme de fureur.

Ce que tu vois, ce n’est pas une chute sans fond.
C’est la rosée du matin qui inonde la surface.
Un lac immobile en surface, mais profond.
Un rayon qui reflète l’azur sans trace.

Une eau qui garde les saisons tombées en elle
sans jamais se troubler longtemps.
Mes mains se joignent , mais pour contenir tout cela, l’essentiel.
On pourrait croire que je suis dépassée autrement.

Que ma langue est lente. Que ma voix appartient au passé.
Mais ce que tu vois, en vérité, c’est la dignité du temps
lorsqu’il traverse une âme, sans la briser
et la rend vaste tel un soleil doré de printemps.

Je t’ai transmis par le regard nuit
ce que le temps m’a lentement appris :
ne crains pas la profondeur.
Ne crains pas la lenteur.

Ne crains pas d’être vaste.
Tu ne seras pas une voix parmi d’autres.
Tu seras une présence.
Et lorsque tu douteras, constance

je t’ai vue avant que le monde ne te voie.
Va. Deviens celle que tu es déjà, toi.

Sois.

Écrit par Gabrielle Dignard en collaboration avec l’oeuvre Dusk Silhouette de Stephanie Wellman

Lecture de Gabrielle Dignard
Photo : Raphaël Machiels - On a le choix
L'or du dernier soleil
Dusk Silhouette - Stephanie Wellman
Photo : Raphaël Machiels - On a le choix

Lever avec le soleil

Comme le soleil à tous les matins, je me lève.
Parfois, plus difficilement que d’autres, et le soleil bouge plus rapidement que moi. Je reste immobile
au lit avec une montagne sur le cœur.

Parfois je me lève avec la joie de vivre qui vient avec l’appartenance d’un amour réel et présent.
Autrefois, je suis lourde avec le deuil des amours et des plaisirs qui m’ont quittés. Une danse délicate entre mon deuil et ma joie. Entre le moment présent, et mes souvenirs si chers qui
me rendent visite dans mes rêves.

Un endroit préféré, si accessible durant la jeunesse, a échangé sa porte ouverte et sa chaleur humaine
pour une clôture de fer et des murs couleur crème.

Une amitié si chère, une épouse platonique, une sœur d’âme, qui me ferme son cœur et son esprit.

Une matriarche de famille, de communauté et de nature, partie sur un voyage bien plus vaste qu’attendu.

Rien ne peut inverser ces changements. Ils sont transcrits dans le passé comme dans de la roche. Ce qui
peut revenir, ne reviendra jamais en son état d’adam.

Je ne me plains point de ce deuil, car les blessures qui y sont laissées sont le prix d’aimer si profondément.

Et avec le temps, d’autres plaisirs et amours viennent. Pas pour prendre leurs places, mais pour élargir la vie, et rendre les blessures plus tolérables.

Rendre la vie plus belle, et donc plus précieuse malgré les cicatrices accumulées.

Un amour si tendre, si présent.
Une amitié renouvelée,
Un futur avec les bras ouverts, si pas mystérieux.

C’est avec cet optimisme que je peux me lever avec légèreté, quand la montagne cède sa place à la lumière.

J’aime ça, me lever avec le soleil.

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1 réflexion sur “Quand l’image donne naissance au texte en français”

  1. Jean-Guy Pepin

    Ce fut une super de bonne idée d’organiser cet évènement en français pour une première fois. Je constate encore une fois, le talent extraordinaire parmis notre communauté francophone et parmis les artistes qui ont créé ces oeuvres. Bravo aux organisateurs !

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