Sous le vert et le blanc, une francophonie à aimer !

Photo montage du drapeau franco-ontarien avec un arbre et des nuages blanc dans un ciel bleu
CHRONIQUE - Je viens d’Afrique et je vis en Ontario. Je suis née au Québec et j’ai déménagé en Ontario par choix. Je suis né en Ontario, mais le français n’est pas ma langue maternelle, je l’ai appris à l’école. Je suis arrivé en Ontario il y a deux ans, dix ans, vingt ans. Quand suis-je devenu Franco-ontarien ou Franco-ontarienne ? J’ai toujours vécu en Ontario. Dans ma famille, on parle français, mais avec le temps, j’ai perdu la langue. Est-ce que je peux encore me considérer comme Franco-ontarien ? Le 25 septembre, lorsque le vert et le blanc s’affichent partout dans les écoles, les institutions et les communautés à travers la province, on célèbre le Jour des Franco-Ontariens et des Franco-Ontariennes. Mais quelle est leur véritable identité ?

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Paule Véronique Fouda Mengue

On a le choix

Paule Véronique Fouda Mengue
Chroniqueuse

Jeune ambassadrice de la Francophonie des Amériques, Paule Véronique Fouda est activement engagée au sein des milieux culturels et communautaires francophones en Ontario. Elle poursuit actuellement un baccalauréat spécialisé en communication et médias numériques à l’Université de l’Ontario français. Ses intérêts de recherche et d’engagement portent sur les enjeux contemporains de la francophonie, les mutations culturelles ainsi que les transformations du numérique.

Remontons le cours de l’histoire

Le jour n’a pas été choisi au hasard. Le 25 septembre 1975, à Sudbury, le drapeau franco-ontarien créé par Gaétan Gervais, professeur d’histoire à l’Université Laurentienne, et Michel Dupuis, étudiant en sciences politiques dans le même établissement, est hissé pour la première fois. Cette date marque un moment important pour une communauté qui cherche alors à affirmer davantage son identité et sa fierté. Les années 1970 sont une période de mobilisation et revendication pour les francophones de l’Ontario, minoritaires dans une province majoritairement anglophone. Contrairement au Québec, qui possède le fleurdelisé comme drapeau officiel depuis 1948, ou à l’Acadie, qui a son propre drapeau depuis la fin du XIXe siècle, la communauté franco-ontarienne ne dispose pas encore d’un emblème qui lui est propre. La création d’un symbole commun permet alors de donner une image à cette identité et un signe autour duquel se rassembler. Il faudra attendre 2001 pour que le drapeau soit officiellement reconnu comme représentation matérielle de la communauté franco-ontarienne, puis 2010 pour que le 25 septembre soit officiellement proclamé Jour des Franco-Ontariens et des Franco-Ontariennes.

Mais l’histoire franco-ontarienne commence bien avant cette date. La présence française sur le territoire de l’actuel Ontario remonte à plus de quatre siècles. Le préambule de la Loi de 2010 sur le Jour des Franco-Ontariens et des Franco-Ontariennes situe ses débuts au XVIIe siècle, avec les explorations, les voies navigables, les relations établies avec les Premières Nations et, plus tard, l’établissement de communautés francophones. Au fil du temps, cette présence s’est enracinée et développée. La francophonie ontarienne que nous célébrons aujourd’hui est ainsi l’héritière de générations qui ont travaillé à préserver leurs institutions, leur éducation, leurs services et leur droit de vivre en français. Cette histoire pourrait nous conduire à penser qu’être Franco-Ontarien ou Franco-Ontarienne est d’abord une question d’héritage. Qu’il faudrait être né ici, appartenir à une famille installée en Ontario depuis plusieurs générations. Pourtant, sous nos yeux, mais peut-être hors de nos regards, une autre réalité est là depuis le début.

La fleur de lys, le trille et une bonne dose d’amour…

Les symboles sur le drapeau franco-ontarien en disent long sur l’identité de la communauté qu’il représente. La fleur de lys symbolise la francophonie dans le monde, tandis que le trille représente l’Ontario. Le vert évoque les étés de la province et le blanc, ses hivers. La fleur de lys et le trille réunissent ainsi sur un même drapeau une appartenance à la francophonie et un attachement à l’Ontario. Une association qui trouve également un écho dans la communauté franco-ontarienne d’aujourd’hui. Selon les données du Recensement de la population de 2021 présentées par le gouvernement de l’Ontario, 58,9 % des francophones de la province sont nés en Ontario, 18 % au Québec, 4 % ailleurs au Canada et 19,2 % à l’extérieur du pays. Au-delà de ces chiffres, c’est surtout la cohabitation de différentes cultures autour d’une même langue qui façonne aujourd’hui l’Ontario français. Le français devient un espace commun où se rencontrent des traditions, des expressions, des références et des manières différentes de vivre la francophonie.

Le trille nous permet aussi de mesurer l’étendue de cette présence francophone sur le territoire. Au Nord, elle nous mène jusqu’à Hearst, entourée par l’immensité de la forêt boréale, puis à Kapuskasing, le long de la rivière du même nom. À l’Est, elle rejoint Hawkesbury, sur les rives de la rivière des Outaouais, avant de descendre vers Alexandria, au cœur de Glengarry. Plus au Sud, elle se retrouve à Welland, traversée par le canal qui relie les lacs Érié et Ontario. Vers l’Ouest, elle nous conduit jusqu’à Pain Court, dans la région de Chatham-Kent, l’une de ces communautés où le français continue de vivre. Sur un territoire aussi vaste, le français a trouvé plusieurs lieux où s’enraciner et, comme les cours d’eau qui traversent et bordent l’Ontario, son histoire s’est construite au fil des déplacements, des liens entre les communautés et des générations qui se sont succédé. L’Ontario français existe ainsi bien au-delà des quelques grands centres que l’on cite spontanément, jusque dans ces villes et ces villages où la langue de Molière continue d’occuper une place dans la vie quotidienne.

Le premier drapeau franco-ontarien a été confectionné à la main. Ce détail pourrait sembler anodin, mais coudre demande du temps, de la patience et du soin. On ne coud pas seulement avec du fil. On y met de l’attention, de la délicatesse et, lorsque l’on tient à ce que l’on confectionne, de l’amour. Il faut prendre des morceaux séparés, les rapprocher et faire passer le même fil de l’un à l’autre jusqu’à ce qu’ils forment un tout. L’image ressemble étrangement à ce qu’est devenue la francophonie ontarienne. Des parcours multiples, plusieurs générations et des francophonies venues de différents horizons se retrouvent aujourd’hui sur un même territoire. Elles n’effacent pas leurs histoires respectives pour s’assimiler à l’ensemble. Elles ajoutent plutôt chacune quelque chose au tissu commun. Et comme pour ce premier drapeau, il faut du temps, du soin et de l’amour pour continuer à faire tenir tous ces morceaux ensemble.

Depuis, d’autres mains ont repris le fil. Elles ont défendu des écoles, créé des institutions, fondé des organismes, développé des médias, porté des projets culturels et aménagé des espaces où le français peut être appris, parlé, créé et transmis. Le bout de fil tissé hier continue ainsi de passer entre les mains de celles et ceux qui font vivre le français aujourd’hui. C’est exactement là que l’amour trouve sa place aux côtés de la fleur de lys et du trille. Dans le temps que l’on donne à une langue, dans ce que l’on bâtit pour elle et dans la volonté de la transmettre.

Choisir, accepter et défendre son identité franco-ontarienne

L’identité franco-ontarienne n’a pas besoin de nous être accordée par quelqu’un d’autre. Elle ne vient pas avec un certificat d’authenticité et personne n’en garde la porte. Elle appartient aussi à celles et ceux qui se reconnaissent en elle, qui font de l’Ontario leur espace de vie en français et qui choisissent de prendre part à cette francophonie. Accepter d’être Franco-Ontarien ou Franco-Ontarienne relève également d’un choix personnel. Celui de se considérer comme francophone, de s’identifier à cette communauté, à ses valeurs et de vouloir en faire partie. Ce choix ne demande pas d’effacer d’où l’on vient pour prouver qu’on appartient. On peut avoir des racines ailleurs et se sentir pleinement chez soi dans la francophonie ontarienne. L’une de ces appartenances n’enlève rien aux autres.

Sans oublier qu’il faut aimer être francophone en Ontario. Aimer parler français, l’entendre autour de soi, le retrouver dans une salle de spectacle, dans une école, dans un livre, dans les médias ou simplement dans une conversation. L’aimer suffisamment pour vivre en français au quotidien et pour pouvoir dire, à qui veut bien l’entendre, « je suis Franco-Ontarien » ou « je suis Franco-Ontarienne ». Non pas pour convaincre, encore moins pour demander l’approbation d’une personne, mais simplement parce que c’est un choix.

Alors, aux questions laissées en suspens au début de ces lignes, il n’y aura pas de formulaire à remplir, de nombre d’années à compter, de permission à demander, encore moins de concours pour déterminer qui parle le mieux français. Il y aura simplement ce sentiment d’appartenance, propre à chaque personne, qui nous lie à la francophonie ontarienne et nous donne envie de nous battre pour qu’elle continue d’exister, de grandir et de rayonner. Lorsque le drapeau franco-ontarien a été créé, l’une des volontés était justement de donner aux francophones de l’Ontario un symbole capable de nourrir un sentiment d’identité et de fierté. Cinquante et un ans plus tard, ce sentiment continue d’exister chez celles et ceux qui se reconnaissent sous le vert et le blanc.

Alors, le 25 septembre, lorsque les voix s’élèvent à l’unisson pour chanter Mon beau drapeau, souvenons-nous que sa beauté ne tient pas uniquement à ses couleurs. Elle tient surtout à cette francophonie riche de son histoire, diverse dans ses parcours, présente aux quatre coins de la province et façonnée par toutes les personnes qui contribuent, chaque jour, à son avenir. Car derrière la fleur de lys et le trille, il y a des générations. Il y a des histoires. Il y a des combats, des choix, des transmissions ainsi que cet amour pour la langue, les valeurs et la culture franco-ontarienne qui continue de passer d’un cœur à l’autre.

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