On a le choix
Clément Lechat
Journaliste - Coordonnateur du réseau Documenters/Documentalistes Canada, basé à Montréal
Ce texte a été préparé dans le cadre d’un partenariat entre « On a le choix » et Documentalistes Canada.Pour en savoir plus, consultez documentalistescanada.ca et abonnez-vous à l’infolettre du réseau.
Plus de deux ans plus tard, Documenters/Documentalistes Canada est devenu une réalité. Quatre sites sont actifs ou en voie de lancement à travers le pays, de l’Alberta aux Maritimes, en passant par Toronto et Montréal. Nous avons amassé 325 000 $ en subventions, et notre équipe compte près de vingt collaborateurs.
Le principe est simple : offrir une formation et une rémunération à des membres de la communauté, et non pas à des journalistes, pour prendre des notes lors des réunions publiques, comme les conseils municipaux, d’arrondissement, de nombreux comités, les consultations publiques, et j’en passe. Leurs comptes rendus sont ensuite vérifiés par des journalistes et publiés en ligne. Accessibles à tous et réutilisables, ces notes forment une archive d’information civique.
À ce jour, nous avons formé 29 personnes, en plus d’étudiants de l’Université Concordia et de l’Université métropolitaine de Toronto. Plusieurs ont déjà publié leurs propres notes citoyennes. Le concept vient des États-Unis, où Documenters.org est actif depuis près de 10 ans et s’est rapidement étendu à une trentaine de villes.
Ces dernières années, j’ai joué un rôle d’idéateur, contribuant à la conception d’outils et de formations, et accompagnant le lancement et l’expansion. Alors que je m’apprête à passer le flambeau, voici quelques leçons que je souhaite partager avec les lecteurs d’ « On a le choix ».
Tout le monde a sa place dans la salle du conseil
Les municipalités tiennent régulièrement des réunions. Par principe, leurs portes sont ouvertes. Le huis clos reste l’exception, encadré par le règlement de procédure du conseil municipal (à Cornwall, l’article 4.11).
Le format varie d’une ville à l’autre, mais inclut souvent un moment de participation citoyenne active. À Cornwall, il est possible de faire une présentation ou de venir en délégation au conseil municipal, ainsi que de s’exprimer lors de consultations publiques, comme le 21 avril sur la modification du plan officiel. Le service Vos Mots Cornwall permet d’être informé des futures consultations et d’être invité à participer.
En théorie, tout le monde peut assister à une réunion publique : c’est un droit. En pratique, se sentir à sa place dans ces espaces est bien plus difficile. Lorsque j’y assiste, je me demande souvent qui n’est pas là : les parents, souvent des mères, pris par leurs responsabilités familiales, ou encore les jeunes, largement absents parmi les têtes grisonnantes. L’accessibilité est un enjeu constant.
Pour beaucoup de personnes que j’ai formées, il s’agissait de leur première fois au conseil. Dans la salle, j’ai vu d’autres personnes submergées par le stress, hésiter à poser leur question, ou s’effondrer en racontant une situation personnelle et en demandant l’aide des élus. Une personne ne parlant pas français a renoncé à poser sa question.
Ils et elles ne se sentaient peut-être pas légitimes dans cet espace qui, il faut l’avouer, est intimidant aux premiers abords. Et pourtant, la démocratie leur appartient aussi. Leur voix compte autant que celle de leur voisin.
Votre présence, même virtuelle, compte
Parfois, il n’y a presque personne dans la salle. À Longueuil, un documentaliste de notre réseau, Gabriel Lavoie, a remarqué une très faible présence citoyenne lors des réunions des conseils d’arrondissement, se traduisant par des réunions rapidement expédiées. Face à ce constat répété, il a posé une question aux élus, leur demandant d’expliquer la situation.
Faire acte de présence, c’est multiplier les oreilles et les yeux attentifs. C’est rappeler aux élus qu’ils rendent des comptes. C’est surtout apporter un vécu et un point de vue sur des décisions qui pourraient directement vous concerner.
À Cornwall, les réunions du conseil municipal sont annoncées à l’avance sur le calendrier de la ville : il y en a 9 en avril, et déjà 6 prévues en mai. Elles sont aussi retransmises en direct et disponibles en réécoute. Même si vous ne pouvez pas vous y rendre en personne, suivre à distance est une bonne façon de rester au courant des décisions prises en votre nom.
Bien sûr, la présence physique est une expérience à part : on voit ce que la caméra ne montre pas, les échanges informels, l’atmosphère. L’accès aux élus est plus facile : on peut parfois leur parler avant la séance, pendant la pause ou à la fin.
Vous aussi, vous avez un rôle à jouer
Les habitants de Cornwall peuvent compter sur plusieurs médias locaux, dont « On a le choix », le seul francophone de la région, qui couvre régulièrement ces instances. Depuis janvier 2026, ce sont pas moins de sept réunions publiques qui ont été couvertes par Delphine Petitjean sur des sujets allant du budget municipal à un projet de logement passerelle, ou encore la protection des arbres.
Compter plusieurs médias dédiés à la couverture de sa communauté est quelque chose qu’il faut chérir, et même soutenir. Ailleurs au pays, la situation est préoccupante. Une carte interactive répertorie l’état de la situation : Entre 2008 et février 2026, 611 médias locaux ont fermé. Le nombre de fermetures dépasse largement celui des ouvertures.
Alors que le journalisme local est mis à l’épreuve, l’accessibilité même des réunions publiques n’est pas toujours garantie. En Ontario, le gouvernement Ford a interdit en octobre dernier la webdiffusion de certaines réunions de quatre conseils scolaires sous son contrôle à Toronto et Ottawa.
Dans ce contexte, chacun peut contribuer à ce que sa communauté soit mieux informée. La prochaine réunion est peut-être cette semaine. Vous pouvez simplement entrer, vous asseoir et écouter. Et si l’envie vous vient de prendre des notes, notre gabarit peut vous guider. À l’approche des élections municipales ontariennes en octobre, il n’est pas trop tard pour franchir la porte du conseil, comprendre les enjeux et voir à l’œuvre celles et ceux qui solliciteront peut-être votre vote.
