L’après-élection : éducation postsecondaire et enjeux récurrents à la première assemblée publique de Cornwall

Drapeaux présents lors de l'assemblée populaire
ON A LE CHOIX – La mairesse élue Sarah Good a indiqué vouloir améliorer la communication avec la communauté à travers notamment des assemblées publiques plus régulières. En attendant, le 2 novembre dernier, les citoyens ont pu faire part de leurs préoccupations au conseil municipal sortant.

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Delphine Petitjean - Rédactrice en chef

On a le choix

Delphine Petitjean
IJL - On a le choix

Rédactrice en chef et journaliste
Delphine est diplômée en études de la communication et des médias ainsi qu'en rédaction web et enseignement. Elle a débuté en presse écrite en Belgique, puis s'est dirigée vers le domaine de l'insertion professionnelle et de la formation. Au Canada, elle a été chargée de projet, a eu quelques collaborations en rédaction, avant de se former à la réalisation documentaire et de co-fonder On a le choix Média.

* Cet article a fait l’objet d’une correction le 26 octobre 2026. En effet, le projet de loi sur l’obligation d’installation de filtres microfibres n’a pas été rejeté, mais est resté au stade de la première lecture.

Une institution en péril

Au cœur de la première partie de soirée : l’éducation postsecondaire et des voix unanimes en faveur du soutien au collège local. L’établissement a traversé des difficultés budgétaires au cours des derniers mois. Les personnes désirant intervenir durant l’assemblée s’étaient enregistrées préalablement.

« Je m’adresse à vous parce que je m’inquiète pour notre communauté. Le Collège St Lawrence est au service de la région de Cornwall depuis les années 1960. Nous avons su répondre aux besoins du marché du travail et collaborer avec les membres de la communauté. Nous avons développé des programmes en phase avec l’émergence de nouvelles industries ;

Une employée du collège st Laurent s'exprime au micro

le programme de gestion de la chaîne logistique en est un excellent exemple. Par ailleurs, notre service de formation en entreprise et d’amélioration de la performance a mis en place des programmes sur mesure pour former des travailleurs destinés aux divers entrepôts logistiques de la ville, garantissant ainsi à la communauté une main-d’œuvre qualifiée. », s’est exprimée une employée du collège.

« Je mentirais si je disais que la fermeture potentielle du campus de Cornwall ne nous inquiète pas. En effet, dans le contexte des audits d’efficacité menés l’an dernier — au moment de notre grève —, il a été suggéré que, si notre situation financière n’évoluait pas d’ici 2030, une telle fermeture pourrait devenir une réalité. »

Glenn Vollebregt - Président et directeur général du Collège St Lawrence
Photo : Raphaël Machiels - On a le choix

Glenn Vollebregt, président et directeur général de l’établissement s’est également exprimé:

« Chaque année, le SLC forme plus de 1 000 étudiants sur son campus de Cornwall. La majorité d’entre eux proviennent de l’est de l’Ontario et près des deux tiers sont des étudiants « non directs » – c’est-à-dire qu’ils arrivent au SLC après avoir suivi un parcours de vie différent, plutôt que de sortir tout juste de l’école secondaire. Quel que soit leur programme, les étudiants franchissent nos portes avec la volonté de bâtir leur avenir. Ils en ressortent dotés des connaissances, des compétences et de l’expérience nécessaires pour devenir, entre autres, infirmiers et professionnels de la santé, gens de métier qualifiés, chefs d’entreprise, dirigeants, technologues ou encore secouristes. Bon nombre de nos diplômés choisissent d’ailleurs de construire leur vie et d’entamer une carrière enrichissante ici même, à Cornwall et dans l’est de l’Ontario, contribuant ainsi à la prospérité économique de notre collectivité. À ce propos, le lien entre le milieu de l’enseignement et la collectivité revêt une importance croissante. Les employeurs ont besoin de personnel qualifié, les communautés ont besoin de talents, et les étudiants ont besoin de parcours clairs, allant de la formation vers des carrières porteuses de sens. Le SLC se situe précisément au carrefour des employeurs, de la collectivité et de l’enseignement. C’est pourquoi nous cherchons à consolider et à développer les moyens par lesquels nous servons la collectivité et la région. Cela nous amène à évoquer notre avenir et notre fusion avec le Collège Fleming, qui prendra effet le 1er avril. Ce rapprochement a déjà permis de créer deux nouveaux programmes [techique de rénovation, environnement, etc.] pour la ville dès la prochaine année universitaire, et d’autres projets sont en cours d’élaboration en vue d’être approuvés. »

Kelly Bergeron
Kelly Bergeron - Entrepreneure locale
Photo : Raphaël Machiels - On a le choix

De réelles opportunités

Kelly Bergeron, entrepreneure locale ayant par le passé œuvré à la mise en place de programmes postsecondaires dans le domaine des technologies, avait soulevé des incohérences et un gaspillage d’argent lors des démarches menées en 2025 entourant la création potentielle de programmes universitaires à Cornwall.

« J’ai ainsi constaté que le problème, à Cornwall, ne réside pas dans un manque d’intérêt pour les études postsecondaires, mais plutôt dans une pénurie d’emplois après l’obtention du diplôme et de stages durant le cursus. Par conséquent, il ne serait pas judicieux de chercher à créer un nouvel établissement de toutes pièces. Il s’agit d’un processus extrêmement concurrentiel et, en l’absence d’emplois garantis, cela ne rendra pas Cornwall plus attrayante pour les étudiants. Mieux vaudrait privilégier des « communautés d’apprentissage » et concentrer nos efforts sur le Collège St Lawrence, afin de garantir qu’il demeure un établissement dynamique, prospère et solidement ancré dans notre communauté. ».

L’entrepreneure a interpellé le conseil sur les actions à mettre en place pour offrir aux jeunes des stages professionnels de qualité dans la région.

Sarah Good
Sarah Good - Mairesse élue à la Ville de Cornwall
Photo : Raphaël Machiels - On a le choix

« Vous soulevez un point très important : avant même d’envisager la création de nouvelles institutions, il est crucial de soutenir celle qui constitue, depuis tant d’années, un pilier fondamental de notre communauté. En tant que municipalité, nous ne disposons pas nécessairement des leviers pour inciter l’université ou le collège à mettre en place de nouveaux programmes. Toutefois, ce que nous pouvons faire, et ce que je compte entreprendre est de rencontrer la direction du collège St Lawrence. L’objectif sera de garantir la pérennité des programmes existants, de rétablir certains services qui ont été perdus (comme la bibliothèque ou les services aux étudiants, par exemple) et d’explorer comment soutenir des partenariats. », a répondu Sarah Good.

Vous avez évoqué le secteur technologique ; c'est un domaine primordial. Je souhaite examiner les possibilités qui s'offrent à nous, en collaboration avec notre service de développement économique, afin de cerner les besoins des employeurs de notre communauté. J'aimerais également voir la mise en place d'un programme pour infirmières praticiennes ; cela s'inscrirait parfaitement dans la continuité du programme de soins infirmiers déjà proposé.

Retenir les jeunes

Un enseignant du collège a aussi souligné l’importance de l’établissement pour la rétention des jeunes dans la région. « Pour beaucoup d’étudiants, la présence d’un collège près de chez eux rend la poursuite d’études postsecondaires possible. Ils peuvent continuer à vivre chez eux, réduire leurs dépenses, préserver leurs liens familiaux et accéder à une formation qui, autrement, leur serait financièrement inaccessible. »

Présents également ce soir-là, des partisans de la création de programmes universitaires, un projet porté par le conseiller sortant Fred Ngoundjo qui présidait l’assemblée.

Fred Ngoundjo
Fred Ngoundjo - Conseiller sortant
Photo : Raphaël Machiels - On a le choix

« Quand on a reçu la désignation officielle de communauté francophone accueillante, c’est une fierté, mais c’est aussi une responsabilité. Pour rester une ville véritablement attrayante et inclusive pour les nouvelles familles et les immigrants, nous devons leur offrir des perspectives complètes. Une université locale permettra de lever cette angoisse. Elle offrira à toute notre jeunesse une trajectoire de réussite du secondaire jusqu’au diplôme supérieur sans quitter leur foyer. », s’est exprimé un citoyen.

L’épouse du conseiller Ngoundjo, Josiane Maa a également abondé dans ce sens.

Josiane Maa
Josiane Maa
Photo : Raphaël Machiels - On a le choix

Bien entendu, nous souhaitons tous conserver le collège St Lawrence ici, mais je tiens également à partager ce que je constate autour de moi : beaucoup de jeunes talentueux quittent la ville pour poursuivre leurs études universitaires à Ottawa ou à Montréal. […]

Si certains finissent par revenir, nous ignorons combien ne reviennent pas ; nous ne savons donc pas quelle part de notre potentiel nous perdons. Il me semble essentiel de proposer des programmes universitaires ici, à Cornwall, afin de retenir nos jeunes. De plus, Cornwall est en pleine croissance et évolue, mais la vie n’est pas facile : il devient très coûteux de déménager, de payer un loyer et de faire face à toutes les dépenses liées à un tel départ. »

Dans le début de l’année 2024, le conseiller Ngoundjo, accompagné de l’ancien directeur général de la Ville, Mathieu Fleury, avait entamé des démarches auprès du recteur francophone de l’Université d’Ottawa, Yves Pelletier. Évoquant la création d’un bâtiment physique à Cornwall pour des programmes universitaires francophones, il a ensuite été question d’une orientation linguistique en fonction de la demande, pour finir par envisager des programmes en ligne.

Comment favoriser l’échange ?

Jason Riley
Jason Riley - Conseiller nouvellement élu
Photo : Raphaël Machiels - On a le choix

J'ai beaucoup apprécié les échanges ouverts. Une citoyenne a soulevé la question de la dette ; c'était très enrichissant d'entendre les habitants s'exprimer. Pour ma part, la responsabilité budgétaire figurera parmi mes grandes priorités pour ce prochain mandat au conseil municipal.

Le transport public a aussi été abordé, ainsi que l’accessibilité même au lieu de l’assemblée ce soir-là. L’itinérance et les enjeux de santé mentale ont été soulevés par une travailleuse sociale. Le comité Patriotes toujours a quant à lui élargi la discussion à la demande persistante d’une nouvelle école secondaire catholique francophone en ville.

Enfin, l’absence de représentation du bureau de Nolan Quinn a été relevée par plusieurs participants.

« Pour pouvoir faire des poussées dans le domaine de l’éducation, des revendications comme La Citadelle, entre autres, il faut avoir les joueurs sur place. Les acteurs principaux, les preneurs de décisions ne sont même pas là, ne sont peut-être même pas au courant de ce qui se passe à Cornwall présentement. », a estimé une citoyenne.

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