
On a le choix
Delphine Petitjean
IJL - On a le choix
Rédactrice en chef et journaliste
Delphine est diplômée en études de la communication et des médias ainsi qu'en rédaction web et enseignement. Elle a débuté en presse écrite en Belgique, puis s'est dirigée vers le domaine de l'insertion professionnelle et de la formation. Au Canada, elle a été chargée de projet, a eu quelques collaborations en rédaction, avant de se former à la réalisation documentaire et de co-fonder On a le choix Média.
« Vous pouvez faire mieux ! »
Les réseaux sociaux se sont enflammés ces dernières semaines avec des commentaires incendiaires sur la page Facebook de la Ville de Cornwall. La municipalité maintient son partenariat avec l’Agapè pour offrir un centre de réchauffement aux personnes en situation d’itinérance dans la région, jusqu’au printemps. En raison des températures négatives extrêmes, l’administration a annoncé élargir les horaires du refuge et permettre aux usagers d’y rester pour quelques nuits, de 19h à 7h du matin le lendemain. Des mesures que la population juge insuffisantes :
« Vous pouvez faire mieux. Le problème des sans-abris ne cesse de s’aggraver. Il faut aménager de véritables centres d’hébergement dans les anciennes écoles, les hôpitaux, voire même les commerces désaffectés. De plus, la plupart des sans-abris n’ont pas accès à Facebook régulièrement, étant donné qu’ils ont des problèmes bien plus importants que de consulter les réseaux sociaux. »
Vous devriez avoir honte de publier sans cesse ce message comme si vous faisiez réellement quelque chose pour aider les sans-abris. Ils ont besoin d'un accès permanent à la nourriture et à un abri en hiver. Je comprends que certains bâtiments municipaux servent de centres d'accueil, comme la bibliothèque, mais pourquoi ne pas consulter les usagers réguliers ? Quand on y entre, on ne sent que des excréments et de l'urine. Quelle honte de ne même pas pouvoir offrir des services essentiels comme des douches ! Vous ne méritez aucun éloge, c'est certain.
Utilisateur Facebook








Un enjeu multifacette
« L’itinérance est un problème complexe, souvent causé par de multiples défaillances systémiques. Nous comprenons à quel point la communauté est affectée par ce qu’elle observe à Cornwall. La Ville de Cornwall, en collaboration avec ses partenaires communautaires, travaille chaque jour pour soutenir les résidents sans domicile fixe et assurer la sécurité de tous, notamment lors de conditions météorologiques extrêmes ou de situations d’urgence. », a déclaré l’administration en réponse aux invectives des citoyens.
La municipalité a évoqué des options d’urgence, précisant aussi se concentrer sur des solutions à long terme. Depuis des mois, les responsables du département de logement et de services sociaux indiquent intervenir régulièrement auprès des personnes en situation de crise, mais selon la gestionnaire, Mellissa Morgan, certaines refusent l’aide proposée. Une version démentie par Jessica Boivin, une mère de famille à la rue (aujourd’hui sortie d’affaire) interrogée en juin dernier par notre rédaction.
Grands chantiers et discussions animées
Plusieurs projets de maisons de transition sont ainsi envisagés dont celui présenté aux citoyens en janvier dernier sur le terrain de l’Église Unie Knox-Saint Paul.
Plus avancés, les logements communautaires de Massey Commons, sur la rue Cumberland, devraient ouvrir leurs portes cette année. Le projet continue de faire couler beaucoup d’encre. Alors qu’il a été introduit en 2024, un rapport d’évaluation des risques a été présenté au conseil municipal le 12 janvier dernier.
Le travail s’est basé sur 3 axes principaux, soit : l’environnement physique, la perception de la communauté et la résilience dans la construction, recommandant entre autres un éclairage adéquat aux alentours des bâtiments pour diminuer les dangers de criminalité.
Un comité de citoyens, la police et la municipalité ont participé aux consultations offertes par la firme chargée de l’évaluation.
Les élus ont discuté du rapport et des inquiétudes plus générales de la population lors de la réunion du conseil municipal du 26 janvier dernier. Le département du logement et des services sociaux de la Ville œuvre de concert avec les conseils scolaires responsables des écoles avoisinantes au projet Massey Commons.
Manque de communication et division
« On l’a vu lors de la consultation du 14 janvier, vous avez eu les questions typiques des blancs stéréotypés qui ne veulent pas de logement social près de chez eux, et vous répondez ce qui est logique. Ici, quand j’entends que les conseils scolaires sont impliqués, je me demande quel conseil, quel enseignant n’apprécierait pas un logement stable pour les élèves ? Parce qu’il va y avoir des enfants dans ces appartements. […] Les enfants devraient aller à l’école dans le quartier où ils vivent. » a laissé tomber la conseillère Elaine MacDonald.
« J’ai trouvé que les conseils scolaires voulaient avoir un partenariat avec nous et être honnêtes. S’il y a quelque chose auquel ils souhaitent qu’on pense, ils nous le diront. », a précisé Lisa Smith, gestionnaire des services sociaux. Celle-ci a aussi souligné une fausse croyance quant à la population susceptible d’intégrer les maisons de transition. Alors qu’on pourrait imaginer que les sans-abris sont des hommes célibataires, Madame Smith a indiqué que 27,3 % des gens qui sont sans domicile en Ontario sont des femmes, 20 % des jeunes et 4 % des ainés. Enfin, les autochtones constituent 30 % des personnes en situation d’itinérance. »
La nécessité d’améliorer la communication avec le public pour les projets à venir a également été au centre des discussions. À la suite de la présentation du logement de transition de l’Église unie Knox-Saint Paul, un sondage a été mis en ligne. Celui-ci sera disponible jusqu’au 17 février prochain.
