
On a le choix
Delphine Petitjean
IJL - On a le choix
Rédactrice en chef et journaliste
Delphine est diplômée en études de la communication et des médias ainsi qu'en rédaction web et enseignement. Elle a débuté en presse écrite en Belgique, puis s'est dirigée vers le domaine de l'insertion professionnelle et de la formation. Au Canada, elle a été chargée de projet, a eu quelques collaborations en rédaction, avant de se former à la réalisation documentaire et de co-fonder On a le choix Média.

On a le choix
Raphaël Machiels
Directeur Technique et Caméraman - Monteur
Raphaël est diplômé en Techniques Cinématographiques et en Développement Web. En Belgique, il a travaillé pour la télévision nationale, ainsi que pour les télévisions locales en tant que caméraman - monteur. Il a aussi oeuvré sur des captations de concerts et d'évènements sportifs. Au Canada, il a travaillé dans le Web avant de co-fonder On a le choix Média.
Des enseignants « au bout du rouleau »
Selon l’étude de l’Université d’Ottawa, « Au bout du rouleau : Violence, austérité et négligence institutionnelle dans les écoles ontariennes », les actes de violence commis par des élèves envers le personnel enseignant et les assistantes et assistants en éducation — coups, morsures, coups de pied ou encore objets lancés — connaissent une hausse marquée. Près de la moitié des individus interrogés mentionnent également avoir été victimes de harcèlement de la part de parents.
Le rapport s’appuie sur un sondage réalisé auprès d’environ 6 000 membres du personnel enseignant et de soutien pour l’année scolaire 2022-2023, dressant un portrait alarmant des conditions de travail dans les établissements de la province.
Les femmes, les 2ELGBTQIA+, les travailleurs et travailleuses en situation de handicap ainsi que les personnes issues de minorités raciales sont plus susceptibles d’être ciblés par le harcèlement ou la violence.
Un appel de l’AEFO
« Le rapport de l’Université d’Ottawa vient vraiment confirmer ce que nos membres nous disent puis la réalité quotidienne qu’on ressent. », explique Gabrielle Lemieux, présidente de l’Association des enseignantes et enseignants franco-ontariens (AEFO). « Nos membres sont mis devant des situations de plus en plus violentes. Ici, on parle vraiment de la maternelle à la 12e année et de façon systémique. »
Madame Lemieux évoque également le sondage pancanadien « Parachute », réalisé entre 2024 et 2027 par la Fédération canadienne des enseignantes et enseignants (FCE). Même si les résultats révèlent un taux de signalement des agressions de 85 %, les enseignants jugent que les mesures appropriées sont prises dans seulement 25 % des cas.
Ce ne sont pas de mauvais élèves, ils ont des besoins qui ne sont souvent pas répondus. […] Ce qu’on est en train de voir à mon avis, c’est une hausse de symptômes. […] On parle de tous conseils scolaires confondus. […] Ce qu’on vit à l’école, ce sont les pressions qui sont à l’extérieur de l’école aussi. On sait que la société est prise au dépourvu dans plusieurs aspects, côte santé mentale, côté financier, côté services sociaux et ça a un impact sur nos enfants.
Gabrielle Lemieux
Police et conseil scolaire
Le 17 novembre dernier, un incident a donné lieu à un confinement à l’école secondaire Cornwall Collegiate Vocational School (CCVS).
Face à ce genre de situation, conseil scolaire et service de police collaborent étroitement. « Quand nous recevons l’information qu’il y a une menace dans une école, une de nos réponses est de s’assurer que l’établissement applique sa procédure de confinement. […] De notre côté, nous avons une procédure pour nous rendre sur les lieux, les sécuriser, localiser et arrêter la menace. […] Nous faisons des exercices de confinement réguliers pour que le personnel et les élèves sachent quoi faire si ça doit arriver. », explique le Sergent Dave MacLean.
Tout au long de l’année, la police effectue aussi de l’éducation sur les comportements et le langage à l’école. « Ici, la situation concernait de mauvais mots utilisés par un individu [en ligne], mais nous devons les prendre très au sérieux. »
Des mesures législatives contestées
Le projet de loi 33, adopté en novembre dernier, va notamment accroître la supervision des conseils scolaires ontariens par le ministre de l’Éducation et renforcer la présence policière dans les établissements.
« Bien que ça peut sembler être la réponse à la violence dans les écoles, moi je ne pense pas que ça va changer quoi que ce soit. Ça ne veut pas dire que je pense qu’il ne devrait jamais y avoir de présence policière dans les écoles, mais il manque beaucoup de consultations. Est-ce qu’on a été voir nos communautés les plus vulnérables pour s’assurer que la présence policière ne va pas nuire au bien-être et à la santé émotionnelle de nos enfants, des intervenants, des adultes et des communautés ? », fait valoir Gabrielle Lemieux.
Solutions proposées
L’AEFO a lancé en novembre dernier un microsite rassemblant toutes les façons de signaler les actes de violence à travers la province et par conseil scolaire. « C’est important que les employeurs soient au courant de ce qui se passe pour qu’ils prennent leurs responsabilités et agissent. », souligne la présidente.
« On a lancé un plan d’action au niveau provincial, c’est un plan d’action pour nos membres. […] On parle de quatre axes d’intervention : outiller, former, revendiquer puis collaborer pour soutenir concrètement les membres dans leur milieu de travail. […] C’est ce que l’AEFO peut faire dans sa sphère d’influence, mais ce qui manque, c’est de l’investissement de la part du gouvernement dans les conseils scolaires pour avoir les personnes humaines nécessaires pour traiter de ces comportements-là. », insiste-t-elle.
« On a fourni le matériel de protection dans les écoles de façon à prévenir les coups et les blessures. Pour nous, ça peut être efficace à court terme, mais il y a un risque de négliger la nécessité de privilégier une approche qui est proactive, qui vise à désamorcer la dynamique qui mène à des situations violentes. J’ai des éducatrices qui m’ont dit que dès qu’elles enfilent le matériel, l’élève s’enflamme et se dit qu’il peut les frapper encore plus fort parce qu’elles sont protégées. »
Et les parents ?
« On rencontre le ministre, les différents partenaires en éducation pour s’assurer que les parents sont respectés et ont leur mot à dire. », explique Paul Baril, président du conseil d’administration de l’organisme Parents partenaires en éducation.
« Lorsqu’on parle de violence dans les écoles, on pense à des actions de frapper, de toucher, mais c’est beaucoup plus que ça. Les parents disent : « Il y a eu un acte de violence dans la classe de mon enfant et mon enfant a été témoin de ça, qu’est-ce qu’on fait pour ça ? ». […] Est-ce qu’il y en a plus dans les écoles qu’il y en avait dans le passé ? Les parents semblent nous dire qu’il y en a toujours eu, on n’en entendait juste pas parler. »
Dans son champ d’action, l’organisme offre aussi des formations hebdomadaires sur des sujets tels que la gestion des finances familiales, les enfants à besoins spéciaux. « Les parents demandent des choses puis on va aller chercher des experts en province.», souligne Paul Baril.
