
On a le choix
Delphine Petitjean
Rédactrice en chef et journaliste
Delphine est diplômée en études de la communication et des médias ainsi qu'en rédaction web et enseignement. Elle a débuté en presse écrite en Belgique, puis s'est dirigée vers le domaine de l'insertion professionnelle et de la formation. Au Canada, elle a été chargée de projet, a eu quelques collaborations en rédaction, avant de se former à la réalisation documentaire et de co-fonder On a le choix Média.
Capituler mieux que mentir
Je suis tombée dans le panneau, comme tout le monde. Lorsque Gotye a sorti « Somebody that I used to know », j’étais sous le charme face à la détresse poétique de l’amoureux éconduit. D’autant que le visuel n’était pas mal, le couple beau.
Puis, tout comme l’affaire Thélyson Orélien, le plagiat révélé, le public a tranché, Gotye a avoué. Vous noterez qu’il a au moins eu l’élégance de se retirer et de ne pas jouer de mauvaise foi.
IA ou pas, où va-t-on ?
Je pense pouvoir compter sur les doigts d’une main les fois où j’ai consulté ChatGPT pour voir ce qu’il me suggérait. J’écris vite et pour ce qui est du style, je crois humblement que je n’ai rien à lui envier. Alors, comme je n’ai aucun goût pour l’inanité, notre relation s’est arrêtée là, du moins pour tout ce qui rédaction. Par contre, j’ai des conversations surprenantes sur d’autres sujets avec le petit robot.
Petit, petit… Minute papillon ! L’enjeu, il me semble, est surtout qu’on nourrit la bête et que grâce à nous, elle enfle à vue d’œil, tout comme la polémique autour de l’ouvrage de Thélyson Orélien qui s’avère bien plus vaste que son cas personnel. S’il peut se regarder dans un miroir après les faits d’armes qu’on lui attribue, et notamment le plagiat qu’il a reconnu, tant mieux pour lui. Ce qui me surprend, c’est d’avoir lu des commentaires selon lesquels peu importe si le livre a été écrit par l’IA, pour autant qu’il est plaisant à lire. « Séreux ? », comme dirait mon ado. Celui-là même qui m’a lancé : « Maman, les gens des maisons d’édition, c’est parce qu’ils ne sont pas habitués à l’intelligence artificielle, ça se voit tout de suite un texte écrit avec l’IA. ».
Peut-être, mon fils… Ta génération en sait bien plus que moi… Mais il y a un vrai questionnement quand même. Et ça secoue le monde de l’édition, de la création, du respect de l’art noble de l’écriture. Si on trouve que ce n’est rien tant que le livre est bon, on accepte et on valide une forme de médiocrité, sans sourciller.
IA ou incontrôlable absurdité
Que ce soit dans le domaine des arts, de la culture ou même des médias, la méritocratie est parfois une utopie, la transparence pour qui décide de ce qui est valable un luxe qu’on refuse trop souvent de se payer. Personnellement, je préfère ne pas jouer quand les règles ne sont pas claires. Lentement mais sûrement, on peut tracer son chemin et si on ne gagne pas à tous les coups, on construit.
Enfin, loin de moi l’idée de paraître passéiste, mais je dirais quand même que l’ère moderne est plutôt lunaire. Sous les textes de certains auteurs fleurissent des déclarations de type : Le présent article a été rédigé par un journaliste, sans l’aide d’outils d’intelligence artificielle.
Genre : « Je vous jure que c’est bien moi. »
Quand, comme moi, on adore l’absurde, c’est aussi drôle que triste.
Bref, j’avoue : même plagiée, la chanson de Gotye me plaît bien. Mais est-ce que c’est vraiment moi qui le pense ? You Never Know.
Bonne écoute !
