
On a le choix
Delphine Petitjean
IJL - On a le choix
Rédactrice en chef et journaliste
Delphine est diplômée en études de la communication et des médias ainsi qu'en rédaction web et enseignement. Elle a débuté en presse écrite en Belgique, puis s'est dirigée vers le domaine de l'insertion professionnelle et de la formation. Au Canada, elle a été chargée de projet, a eu quelques collaborations en rédaction, avant de se former à la réalisation documentaire et de co-fonder On a le choix Média.
Rompre avec la solitude
Il y a plusieurs années, Doreen Ashton Wagner a dû se résoudre à vendre sa compagnie à la suite d’un épuisement.
« Guérir d’un burn out, c’est pareil que de perdre une personne chère. Pour moi, c’était pareil. », se souvient la fondatrice de Consœurs en affaires.
J’ai étudié l’entrepreneuriat féminin et ça m’a sensibilisée à la charge mentale des femmes, non seulement du côté entrepreneuriat, mais aussi à la maison et tout ce que ça emporte. Je me suis dit à ce moment-là que ma vision était que je ne voulais pas que d’autres femmes vivent la même chose. […] Qu’on soit travailleuse autonome ou autre, c’est énorme de se sentir toujours responsable pour nous-même, notre famille et pour d’autres en plus.
Doreen Ashton Wagner
Les activités de Consœurs en affaires ont débuté par une conférence annuelle. L’organisme offre maintenant des 5 à 7 et une plateforme de mise en relation pour ses membres.






Écho des consœurs
Chantal Lajoie est membre de l’organisation. « Si tu as un homme en entreprise, et là je vais généraliser, il y a plus de chances qu’il puisse se concentrer sur son entreprise sans avoir toute la charge de la famille et des autres attentes qu’on a au niveau des femmes. », explique-t-elle.
Retraitée de la caisse Desjardins, celle qui s’implique pour l’égalité des genres dans le milieu communautaire estime que les femmes doivent bénéficier de systèmes qui tiennent compte de leur réalité, surtout lorsqu’elles ont été au foyer pendant une certaine période.
On a besoin d’avoir de bons réseaux de contacts pour être appuyées.
Chantal Lajoie
Natacha Demers a récemment lancé son entreprise de consultance en développement de l’enfant. « On est capables d’avoir une plus grande ouverture à accepter et aider les autres. Comme jeune entrepreneure qui fait juste commencer, j’ai déjà trois ou quatre personnes qui m’aident. », souligne l’éducatrice qui dit utiliser beaucoup les médias sociaux pour nouer des contacts.
Des ambitions étranglées par les préjugés
La fondatrice de Consœurs en affaires tient à mettre en lumière une certaine réalité.
« J’entends les mêmes plaintes en milieu urbain qu’en milieu rural, mais il y a des nuances qui sont particulières à cette région-ci, Alexandria et North Glengarry. Si tu viens d’ici, si les gens te connaissent ou connaissent ta famille; est-ce que c’était une bonne famille ou une mauvaise famille ? À un moment, quelqu’un m’a dit ça et j’ai dit : « Quoi ? De quel siècle vous venez ? ». Juste parce que le père est alcoolique, ça ne veut pas dire que l’employé qu’on essaie d’embaucher le sera. Ou il va y avoir les divisions linguistiques. Il y a un fleuriste pour les francophones et un fleuriste pour les anglophones. […] Il y a des choses qui m’étonnent encore. », souligne-t-elle.
« Il y a aussi certaines entreprises, si ce sont des gens d’ailleurs et qu’ils froissent la mauvaise personne, ils vont mourir dans quelques semaines. Ça s’est produit à maintes reprises ici, à Alexandria. Et on pense que c’est juste des ragots. Ça commence à changer parce qu’il y a une certaine diversité qui s’injecte finalement. Mais moi, quand j’ai déménagé au début, je me faisais traiter de Blue Sky Thinker, quelqu’un qui n’est pas réaliste. On se faisait critiquer parce qu’on voulait avoir plus, parce que la région pouvait offrir tellement plus. Il y a certaines nuances comme ça qui s’atténuent grâce à l’immigration, mais je regrette de dire qu’on est racistes, on est misogynes. Je le dis parce qu’il faut le dire. Si on ne dit pas, on perpétue ces conditions-là. », laisse-t-elle tomber.
Mieux accueillir l’esprit d’entreprendre
Doreen Ashton Wagner déplore le manque d’accueil des nouveaux arrivants dans la région. « Il y a des immigrants qui sont ici et on va dire : ils volent nos jobs. Non, on a besoin d’immigration ! Partout on le voit, mais ça devient politisé.
On a des gens qui parfois ne sont pas assez ouverts d’esprit puis ça nous fait mal en tant que communauté. Si je peux ouvrir des portes à des gens qui ont de la misère à ouvrir leurs propres portes, je suis là pour aider. »
Également chargée de cours en entrepreneuriat social pour le Collège La Cité, la professionnelle a remarqué les compétences des femmes venues d’Afrique de l’Ouest, notamment.
« On frôle le 18 à 19 % d’entrepreneures féminines, ici au Canada. Au Cameroun, c’est 45 %. Ça fait partie de la culture et d’une certaine nécessité, mais peu importe, elles ont un esprit entrepreneurial beaucoup plus développé. Et on leur met des bâtons dans les roues, on n’a pas assez de services qui sont offerts en français dans la ville de Cornwall et tous les Comtés de SDG, je regrette. Le département de développement économique devrait avoir quelqu’un de bilingue dans chaque municipalité. »
Pour contrer les défis, Doreen conseille de s’engager. « Ne pas prendre les critiques de certaines personnes qui ne sont pas habituées. Les nouveaux arrivants vont être respectés davantage en s’impliquant et en disant : « Je n’ai pas peur ! ». Il y a beaucoup plus de supporteurs que de détracteurs. »
